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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/231

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 août.

Quoique nous soyons dans la saison du repos et des loisirs, quoique nos ministres soient presque tous en voyage ou en villégiature comme la plupart des ministres du continent, on ne peut certes pas dire que ces mois d’été soient du temps perdu pour la politique. On ne peut pas se plaindre de l’insignifiance des choses. Les affaires du moment, au contraire, ont un singulier intérêt pour ceux qui se plaisent à suivre la vie universelle dans ses diversités, dans ses contradictions. Nulle part, il est vrai, il n’y a de ces crises violentes, de ces événemens qui ressemblent à un préliminaire de ces calamités qui s’appellent des guerres ou des révolutions ; partout il y a un travail qui se manifeste sous mille formes, par les déplacemens dans les rapports des peuples comme par les changemens dans les conditions de leur vie intérieure, par les troubles économiques aussi bien que par la mêlée des idées, des croyances, des traditions qui se heurtent dans une indécision tourmentée. Tout est en fermentation, ou, si on l’aime mieux, tout se ressent d’un état général de transition dans les sociétés, parmi les nations. Et remarquez-le bien, même en pleines vacances, rien ne s’interrompt : c’est précisément parfois dans la dispersion momentanée ou le silence des pouvoirs publics que se dévoile plus distinctement ce vaste et profond travail des races nouvelles. Ce qui sortira de là, quelles seront les conséquences de ce mouvement spontané et universel dans l’ordre des relations internationales, dans l’organisation intérieure des peuples, même dans la combinaison des partis qui se disputent le gouvernement, on ne peut certes le dire ; mais on sent bien que tout change et se transforme, qu’on est dans les expériences, que les partis eux-mêmes sont conduits par la force des choses à se renouveler dans des circonstances où les nouveautés de toute sorte se pressent.