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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/219

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Que Louis Feuerbach fût un puissant raisonneur et un brillant écrivain, qu’il eût le don du style, de l’image, une verve étincelante, et, dans ses heures d’inspiration, l’éloquence qui remue les âmes, quiconque a lu ses livres en convient. Il a prouvé aussi dans ses belles études sur Leibniz et sur Bayle qu’il joignait à une dialectique incisive une remarquable pénétration, le talent de déchiffrer les pensées et les cœurs, l’art de tracer des portraits aussi vivans que vrais. Ajoutons que de l’aveu même des gens qui l’aimaient le moins, il s’est imposé à l’estime de ses contemporains par la noblesse de son caractère et la dignité de sa vie. Mais quelle valeur faut-il attribuer à ses théories religieuses et philosophiques ? C’est là-dessus qu’on a différé d’avis. Tandis que ses disciples le tenaient pour le plus grand penseur qu’eût produit l’Allemagne depuis Kant, les philosophes de profession l’ont toujours considéré comme un continuateur de la philosophie anglo-française du XVIIIe siècle. — « Otez-lui ses images, disaient-ils, et vous découvrirez que ses idées sont fort communes et même assez vulgaires. » — « Certaines gens, répondait-il, traitent de vulgaire tout ce qui leur déplaît. La vérité semblera toujours plate aux menteurs ; ils ont pour elle le même genre de mépris que les hypocrites pour la vertu et les grandes coquettes pour l’amour sincère. »

Personne n’eut moins que lui l’esprit de conciliation, de ménagement ; personne ne fut moins tendre pour les opinions, les croyances ou les préjugés d’autrui ; personne ne porta dans les discussions une humeur plus agressive, plus hautaine, plus tranchante. Il ne