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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/198

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pris leur corps-mort, ne cessant le feu qu’à la hauteur des lignes des bouées. Cette brillante entrée montre la sûreté du coup d’œil des commandans de l’escadre et la confiance que le commandant en chef a dans ses capitaines.

Nous n’avons pas craint, au cours de cette note, de profiter des occasions qui se sont présentées de faire quelques digressions, pour mettre en lumière les conditions dans lesquelles notre marine se trouve placée en face des éventualités qui peuvent l’atteindre. Sans avoir à l’envisager comme menaçante, il est cependant certain que la guerre, à laquelle nous nous préparons sans cesse pour mieux l’éviter, verrait un de ses premiers actes se dérouler dans la Méditerranée.

C’est vraisemblablement notre flotte qui aurait l’honneur de tirer le premier coup de canon, et on peut prévoir que son retentissement serait considérable. Si le résultat de notre premier engagement sur mer était heureux, la solidité de certaines alliances réelles ou éventuelles pourrait en être singulièrement ébranlée.

Une victoire navale allégerait en tout cas le rude assaut qu’auraient à subir nos frontières en obligeant nos ennemis à couvrir un large front de mer ouvert à nos coups.

Voilà le but auquel on travaille constamment en escadre, où la plus grande confiance règne du haut en bas de l’échelle hiérarchique ; cette confiance provient de ce que, par suite d’un excellent entraînement, tout le monde se sait apte à donner l’effort attendu par le chef, et aussi de ce que nos officiers ont éprouvé en toutes circonstances les qualités des bâtimens qu’ils auraient à mener au feu.

Il nous a semblé qu’il était bon de le dire, parce que ce but ne suppose aucune idée préconçue d’agression, et aussi parce que voilà trop longtemps qu’on ne sait quelles ambitions inavouables et inavouées travaillent à dénigrer systématiquement notre marine qui, silencieuse et résignée, ne s’en prépare pas moins à jouer le grand rôle qui lui est réservé dans la défense nationale.

Elle sait, en attendant, fièrement montrer notre pavillon à l’étranger ; le pays n’oubliera pas de quelle façon il a été représenté à Constantinople l’année dernière par l’escadre de la Méditerranée et cette année dans les mers du Nord par l’escadre de la Manche, dont les succès ont eu un retentissement si considérable.