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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/949

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 avril.

Rien ne s’interrompt sans doute dans le monde, même lorsque la vie officielle est momentanément suspendue ou ralentie, lorsque tout semble au repos. Les parlemens ont pris leurs vacances pour quelques jours, dans la plupart des pays comme en France, et ne sont pas tous revenus de leur congé. Nos sénateurs et nos députés ont eu le temps de se promener, de revoir leurs provinces et de passer par leurs conseils-généraux, où ils ont pu, sans fatigue et sans bruit, expédier de modestes affaires locales, exprimer des vœux sur les jeux de courses ou sur les lois douanières. Nos ministres eux-mêmes ont profité de l’occasion pour se donner un peu de liberté et prendre leur essor. Ils sont allés inaugurer des chemins de fer, présider des réunions agricoles ou se délasser dans leurs foyers. Il n’y a eu, depuis quelques jours, ni questions importunes ni interpellations abusives, ni apparences de crises, ni bourrasques parlementaires. Tout, en vérité, semble provisoirement assez stagnant. Rien, cependant, n’est interrompu, c’est certain, ni dans les affaires diplomatiques, ni dans les affaires morales, ni dans les affaires matérielles, pas plus en France que dans les autres pays du monde. On sent bien, au contraire, qu’il y a un peu partout une sorte d’agitation profonde, latente, indistincte, — que les problèmes se pressent et s’accumulent, que tout ce qui touche particulièrement au travail, à la constitution des industries, au régime des populations ouvrières, aux relations commerciales des peuples, prend une gravité croissante.

On peut suivre, dans ses manifestations diverses et grandissantes, ce mouvement socialiste, industriel, à demi politique, mêlé d’idées fausses, de chimères et de passions inassouvies, qui suit son cours, qui a maintenant ses journées périodiques fixées d’avance, sans compter les journées imprévues. C’est là ce qui ne s’arrête pas, ce que rien