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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/916

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profit individuel, le monopole des moyens de travail est le monopole de la spoliation. C’est l’exploitation de chaque jour et de chaque heure, du travail par le capital, qui agit comme un vampire. » — « Cette collision de la production sociale et de l’attribution capitaliste se traduit sous forme d’opposition de la bourgeoisie et du prolétariat. »

Tel est le soi-disant secret de la production capitaliste découvert par Karl Marx. Dans la société actuelle, le capital, d’après lui, n’est le produit ni de l’épargne, ni de l’intelligence du capitaliste : il résulte de la plus-value arbitraire que le capitaliste retire du travail de l’ouvrier.

Cette théorie, qui représente le capital comme du travail non payé, volé à l’ouvrier sur son salaire, implique que le travail est la source et la mesure de la valeur, vieille théorie de Ricardo transformée en machine de guerre. « Le travail, dit Marx, est source de richesse et de culture en tant que travail social. Personne dans la société ne peut s’attribuer de richesse que comme produit du travail. S’il ne travaille pas, il vit du travail étranger. » Mais une chose n’a pas de valeur en proportion du travail qu’on lui consacre ; les choses matérielles n’ont de valeur que parce qu’elles satisfont des besoins. Or dans la détermination de la valeur, Marx ne tient nul compte de l’offre et de la demande : le gain de l’entrepreneur, qui adapte les produits du travail aux besoins de la société, le profit du capital qui court les risques et fait l’avance de l’entreprise lui semblent également illégitimes. — Attribuer aux ouvriers le produit entier de leur travail ne serait applicable qu’à certaines catégories d’objets vite achetés et vendus. Mais imagine-t-on une œuvre considérable, comme le creusement d’une mine ou d’un canal entre deux mers, appartenant aux hommes de peine qui y ont mis la main au jour le jour, alors qu’il faut hasarder dans de pareilles entreprises des capitaux énormes, qui doivent attendre longtemps leur rémunération ? De quoi vivraient les ouvriers jusque-là ? — Par travail, Marx entend l’ouvrage manuel, l’effort corporel, il relègue au second plan l’esprit d’invention, d’initiative qui a transformé le monde, et qui le modifie chaque jour. Outre le travail et le capital, il y a, en effet, dans la production économique, un troisième agent dont le socialisme ne tient pas assez compte, et qui est le plus important, l’intelligence. C’est elle qui applique à l’industrie les données des sciences, perfectionne le matériel mécanique, organise les travaux, cherche les entreprises les plus lucratives… Or l’intelligence se trouve presque toujours du côté du capital, parce que sa culture même exige l’aisance, et que ses moyens d’action nécessitent beaucoup de ressources. Nous verrons, d’ailleurs, que, dans la société future, les socialistes prétendent effacer cette inégalité, et offrir à toutes les