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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/915

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appartenait intégralement. S’il prenait des ouvriers salariés, ces apprentis de corporation travaillaient moins pour leur entretien et leur salaire, que pour devenir maîtres à leur tour… En un mot, l’ouvrier obtenait de son travail tout ce qu’il en pouvait légitimement exiger.

La formation du capital et l’établissement de la grande industrie ont modifié sa situation du tout au tout. — Comment s’est formé le capital ? Marx, comme l’explique Schauffle, prétend prouver qu’autrefois le capital, hérité dans sa masse, a été le résultat de la conquête, de la spoliation des paysans, de l’exploitation et du pillage des colonies, des privilèges, du partage des biens d’église, mais il ne prétend pas que ses détenteurs actuels Pierre ou Paul soient des voleurs, il s’en prend non aux capitalistes, mais au capital. Il ne parle pas non plus de cette classe prospère qui remplace de notre temps les détrousseurs de grand chemin, nos chevaliers d’industrie de la Bourse, du journalisme et du parlement, « produits empoisonnés de l’arbre empoisonné du capital. » Sa théorie fondamentale, c’est que le profit de capital, qui permet d’accumuler la richesse, ne se forme que par ce fait, que l’ouvrier ne reçoit plus le produit intégral de son travail, que le capitaliste en prélève la part du lion.

Ces moyens de production, ces instrumens de travail, que l’ouvrier possédait sous le régime de la petite industrie, se trouvent maintenant entre les mains de la classe des capitalistes. Par suite des perfectionnemens des machines, de l’invention de la vapeur, l’ouvrier n’est plus en état d’employer lui-même sa force musculaire de travail de manière à en être entièrement indemnisé. Il est obligé de la vendre sur le marché. Le capitaliste qui l’achète ne lui donne pas la rémunération entière qui lui est due. Comme intérêt de ses avances et compensation de ses risques, le capitaliste ne paie à l’ouvrier qu’une part du produit de son travail, il s’attribue le surplus, gain prélevé sur chaque ouvrier, dont le capital s’augmente et se gonfle chaque jour, et que Marx considère comme du travail non payé. L’ouvrier est ainsi frustré de tout l’excédent du prix de vente sur le salaire qu’il reçoit [1]. — La grande industrie fait de la production en masse, et le capital est obligé de reconnaître ainsi, en partie, son caractère social, collectif, mais le bénéfice n’est que pour quelques-uns : « L’œuvre laborieuse du grand nombre est distribuée comme si elle était le produit du petit nombre qui ne travaille pas. La production est un travail collectif, la répartition un

  1. « La fortune des élus, dit Proudhon, grossit des innombrables parcelles dérobées au travail de tous. » La richesse du petit nombre est un précipité qui provient du travail, des capacités du grand nombre.