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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/899

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Les caves de Guilhermain ne sont ni moins belles, ni moins bien tenues que celles de Tamariguière dont nous avons déjà longuement parlé. Les différences de détails sont curieuses, mais nous ne pourrions les décrire sans nous répéter un peu. L’automne dernier, deux cents femmes, groupées en quatre « colles, » sont venues prendre part à la cueillette des raisins ; la commune de Mauguio, à elle seule, avait fourni le quart de cet effectif ; le reste était descendu soit des environs de Lodève, soit du canton d’Aniane (arrondissement de Montpellier) ; soixante ou soixante-dix hommes remplissaient l’office de porteurs moyennant 3 fr. 50. Toutes les coupeuses ont reçu 1 fr. 75 par jour. Cette rémunération s’appliquait uniformément à tous les travailleurs, qu’ils fussent étrangers à Mauguio, ou loués dans ce bourg. En revanche, les « colles » venues de « la montagne » remplissaient, après le départ des ouvriers locaux, une tâche supplémentaire d’une demi-heure. Comme dédommagement d’un pareil surcroît de besogne, les Cévenols recevaient du vin à raison de 1 litre par femme et par jour et de 2 litres par homme. Quant à la soupe dont ils fournissaient eux-mêmes les ingrédiens, la maire la leur préparait moyennant une faible indemnité journalière de 0 fr. 10 par tête, que les vendangeurs eux-mêmes prélevaient sur leur salaire.

En 1888, l’exploitation fournissait déjà au commerce un lot de 7,000 hectolitres coté 12 francs ; en 1890, les progrès réalisés permettaient déjà de doubler, non-seulement le chiffre de production, mais le taux de vente, favorisé, il est juste de le dire, par une hausse sensible.


IV

C’est à la suite d’expériences et de tâtonnemens dont les bords du Rhône furent le théâtre que l’on entrevit la possibilité de conserver les vignobles français par la submersion, et c’est dans les mêmes parages, non loin des champs d’études où les agriculteurs montpelliérains éprouvaient la résistance des plants étrangers, qu’un troisième moyeu de salut fut nettement signalé en 1873 par M. de La Paillonne, propriétaire à Sérignan (Vaucluse). Les vignes cultivées dans le sable pur ne paraissaient pas souffrir du phylloxéra. Quelques années auparavant, un négociant cettois, propriétaire en Camargue, M. Espitalier, avait réussi à conserver des souches menacées, en accumulant des sables du Rhône autour de ses ceps déchaussés.

Quatre ans cependant après la publication de l’intéressante remarque de M. de La Paillonne, au congrus phylloxérique