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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/866

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et les livres ! La fabrication du papier est une industrie très considérable : on veut taxer l’une de ses principales matières premières pour protéger, dit-on, la sylviculture !

Il en est de tout ainsi, depuis le premier numéro du tarif jusqu’au dernier. Tout ce qui porte une dénomination quelconque, même ce qui ne se vend pas, est frappé d’un droit. Les objets de collection hors de commerce qui, sous le numéro 654, ferment la marche, et qui jusqu’ici ont été admis en franchise, paieraient désormais leur tribut. La douane deviendrait le vestibule du Louvre. Les vieux bronzes, les antiques bahuts, les momies, etc., n’entreraient qu’en payant. La commission a raison. Ces vieilleries feraient concurrence à son tarif de 1891, qui nous ramène si durement aux prohibitions des temps passés.


IV

La révision d’un tarif de douanes comporte, d’ordinaire, deux opérations. Comme il n’y est procédé qu’à des intervalles assez éloignés, le législateur, s’éclairant par la statistique et se rendant ainsi compte de la situation pour les diverses branches de travail, modifie le tarif, soit en réduisant les droits afférens aux industries fortes et prospères, soit en augmentant les droits concernant les industries faibles et languissantes, qui, selon la doctrine protectionniste, doivent être défendues plus efficacement contre la concurrence étrangère. Augmentation de droits pour certains articles, diminution pour d’autres, maintien pour le surplus, tel devrait être le résultat d’une étude sérieuse, appliquée à la révision de la loi douanière. Or, que voyons-nous dans le nouveau tarit de la commission ? A chaque ligne, des droits augmentés ou établis pour la première fois ; nulle part des droits supprimés ni même diminués. Cette simple constatation suffit pour condamner l’œuvre. Comment ! l’agriculture et l’industrie de la France seraient routinières et arriérées à ce point que, depuis 1860 ou depuis 1881, date du dernier tarif général, aucune réduction des droits protecteurs, pour aucun de leurs produits, ne soit devenue possible ! Cela n’est pas croyable et cela n’est pas vrai.

Dans le système de la commission, il semble que toute introduction d’un produit étranger est chose mauvaise, que l’importation usurpe sur le travail national, qu’elle dérobe en quelque sorte aux capitaux français, aux ouvriers français une part de leurs profits et de leurs salaires. Il y a là, croyons-nous, une erreur tout à la fois économique et historique. L’importation n’est pas moins