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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/864

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syndicale des instrumens de musique a demandé, nous dit-on, l’établissement de droits de douane pour repousser les produits de qualité inférieure que l’étranger introduit, grâce à leur bas prix, sur notre marché. Cette raison, qui se rencontre souvent dans l’étude des tarifs, ne doit être acceptée qu’avec une certaine réserve. L’acheteur est seul juge de la qualité qu’il recherche et du prix qu’il consent à payer. S’il lui plaît de sacrifier la qualité au bon marché, pourquoi le contrarier ? Nos fabricans eux-mêmes, si épris de la perfection, ne dédaignent pas, quand ils y trouvent profit, de confectionner des produits inférieurs. Il faut qu’il y en ait pour tous les goûts et pour toutes les bourses ; il importe, surtout, qu’en cela comme pour le reste, la liberté du consommateur soit respectée, et il n’appartient pas à un tarif de douanes de faire en quelque sorte la police du marché.

En poursuivant cette énumération des produits dont la commission des douanes s’est, à notre avis, trop occupée, nous rencontrons un grand nombre d’industries qui, généralement classées comme étant d’ordre secondaire, n’en sont pas moins importantes à raison de la main-d’œuvre qu’elles emploient et des ressources qu’elles fournissent à notre commerce extérieur. Voici, par exemple, la tabletterie, la brosserie, la fabrication des éventails, les corsets, etc. Prohibée avant 1860, la tabletterie a vu pour la première fois des droits de douane établis dans le tarif conventionnel. Il paraît que les droits ont été convenablement calculés à cette époque, puisque la tabletterie française en os, ivoire, corne, écaille, n’a point cessé de prospérer et qu’elle exporte une grande quantité de ses produits. Aussi, lisons-nous avec satisfaction dans le rapport adopté par la commission des douanes, que les représentans de cette industrie se déclarent, presque à l’unanimité, satisfaits du tarif de 1860, protestent contre des relèvemens de droits qui pourraient attirer des représailles et ne sollicitent que des classifications plus claires dans la rédaction de nouveaux tarifs. Comment s’expliquer alors que la commission ait cru devoir augmenter, légèrement il est vrai, quelques-uns des droits qui intéressent la tabletterie ? Quant aux corsets, ils ont été respectés. La chambre syndicale a déclaré que « l’extension de l’industrie du corset est due en partie aux traités de 1860, et que la moindre interruption dans les traités lui causerait un préjudice considérable. » Sait-on que la fabrication des corsets en-France représente une valeur de 60 millions de francs, dont le quart environ est exporté ? « Notre pays n’achète pas de corsets à l’étranger ; divers essais ont été faits, mais sans succès ; les modèles français sont préférés et jouissent d’une réputation universelle. » Soyons fiers de lire, même dans un rapport de douane, cet éloge