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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/861

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qu’un mètre de tissu étranger pénètre en France ; toute introduction est, à ses yeux, une atteinte au travail national. Et, cependant, la production totale de l’industrie du coton s’est largement développée en France depuis trente ans. Ces importations de fils étrangers ont contribué pour leur part à l’approvisionnement des tissages, elles n’ont même pas nui aux filateurs français, parce qu’elles s’appliquent à des numéros que ceux-ci ne produisent pas ou fabriquent moins bien, et, par compensation, les filateurs ont grandement profité de l’activité imprimée au commerce du coton sur le marché intérieur. En 1878, l’importation des fils de coton dépassait une valeur de 41 millions, elle est réduite, comme nous l’avons dit plus haut, à 25 millions en 1888. Nos filatures ont fait de grands progrès et se sont appliquées à produire des numéros que le tissage était obligé de demander aux filatures étrangères. Et, enfin, qu’est-ce que ce chiffre de 25 millions de francs par rapport à la valeur énorme de notre production en fils et en tissus ?

Une explication est nécessaire au sujet des chiffres qui viennent d’être cités. De 1862 à 1888, la valeur de tous les articles inscrits dans les tableaux de douane a baissé très sensiblement, de telle sorte que les chiffres représentent, en 1888, des quantités bien supérieures proportionnellement à celles que représentaient les chiffres indiqués pour 1862 ; mais cette différence s’appliquant à l’exportation comme à l’importation, la comparaison entre les valeurs respectives du mouvement commercial, exprimées en millions de francs, demeure à peu près exacte. Tous les consommateurs ont profité de la baisse du prix des tissus, baisse résultant des tarifs de 1860. L’industrie a été plus active et plus productive, puisqu’elle a pourvu à une consommation et même à une exportation plus abondante. Il est probable que, par l’effet de la concurrence intérieure plus encore que de la concurrence étrangère, le bénéfice des industriels a été diminué. Les industriels résistent à cette conséquence, et l’on ne saurait s’étonner de les voir réclamer ce qu’ils appellent de bons tarifs. La commission, par l’organe d’un honorable député du Nord, chargé de rédiger le rapport sur les industries du lin et du coton, a-t-elle suffisamment résisté, dans l’intérêt général, dans l’intérêt même du travail national, à ces demandes des intéressés ? La chambre décidera.

« L’industrie de la laine est l’une des plus prospères de toutes celles qui fleurissent en France. » Tel est le début du rapport sur les fils et tissus de laine. En effet, d’après les statistiques officielles, les exportations dépassent de beaucoup les importations, et cette industrie, dans toutes ses branches, est notoirement prospère. Le rapporteur ajoute que l’industrie lainière ne réclame qu’une chose, la libre introduction de sa matière première, la