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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/859

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la soie. Mais elle a cru devoir appliquer une taxe sur le chanvre teille, ainsi que sur le jute. Le droit applicable au chanvre teille serait de 10 francs par 100 kilogrammes au tarif général et de 8 francs au tarif minimum. L’honorable rapporteur, député de Maine-et-Loire, l’un de nos départemens les plus intéressés à la culture du chanvre, justifie cette proposition par la diminution des hectares ensemencés, par la concurrence de l’importation étrangère et par la baisse des prix de vente. Pour le jute, qui ne se produit pas en France, les droits seraient de 8 et 6 francs, motivés par la concurrence qu’il fait au chanvre, et même à la laine. Il est assurément regrettable que la culture du chanvre soit en décroissance, alors qu’elle a su améliorer sensiblement le rendement à l’hectare ; mais cette décroissance paraît due surtout à la concurrence des tissus de coton, que la consommation préfère aux tissus de chanvre. Peut-être aussi, dans certaines régions, les fermiers ont-ils trouvé profit à se porter vers d’autres cultures, de telle sorte que, finalement, ils ne seraient pas en perte. Il en est ainsi pour le lin, que le cultivateur remplace par la betterave, favorisée par les primes exceptionnelles de la loi sur les sucres. La diminution d’une culture, dans une statistique agricole, n’implique pas toujours la détresse du fermier. Parfois aussi cette diminution résulte de circonstances dans lesquelles le tarif des douanes n’a pas à intervenir. L’alizarine a ruiné la garance ; le colza et son huile sont dépréciés par le gaz, par l’électricité, par le pétrole. Pour le chanvre, l’intérêt industriel l’emporte sur l’intérêt agricole ; les filateurs doivent pouvoir se procurer facilement et au plus bas prix leur matière première pour la livrer au tissage, qui lutte contre la concurrence des autres produits textiles. Quant au jute, matière exotique comme le coton, comment admettre qu’une taxe quelconque lui soit imposée, au risque de compromettre une industrie importante, récemment créée sur notre sol, et de la frapper en pleine prospérité ? Affranchir de tous droits les matières premières utilisées par les grandes industries, c’est l’un des moyens les plus efficaces de protéger le travail national.

Il est impossible d’examiner en détail les tarifs qui concernent les fils et les tissus. Avec les subdivisions en numéros de fils et l’extrême variété des tissus frappés de droits, ce tarif est vraiment, pour le vulgaire, la bouteille à l’encre. Le gouvernement, sur la proposition du conseil supérieur du commerce, où les protectionnistes sont en majorité, avait inscrit dans le projet de loi de nombreuses augmentations de taxes. La commission des douanes ne s’en est pas contentée : elle a relevé presque tous les chiffres, elle a augmenté le nombre des classifications et elle propose des taxes qui, sous le prétexte d’une protection nécessaire, tendent à rétablir