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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/847

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l’étranger étaient, en 1849, de 938 millions : elles s’élevaient, en 1859, à 2,266 millions, et en 1869, à 3,075 millions ; soit une augmentation de 1,328 millions pour la première période, et de 809 millions pour la seconde. — Si l’on s’en tient à la statistique des produits fabriqués, on constate les mêmes mouvemens que pour l’ensemble du commerce, à savoir augmentation de plus en plus sensible des importations et augmentation des exportations durant chaque période, moindre toutefois pour la période 1859-1869 que pour la période 1849-1859.— Du rapprochement de ces chiffres, le rapporteur-général de la commission des douanes tire deux conclusions : la première, que les traités n’ont pas été profitables pour le travail national, puisque l’accroissement des exportations a été moindre pendant la période qui a suivi leur conclusion (809 millions) que pendant la période antérieure (1,328 millions), et que sans doute, avec le maintien de l’ancien régime, la même avance proportionnelle se serait produite ; la seconde, que, le chiffre des importations excédant celui des exportations, au contraire de ce qui avait lieu précédemment, la France s’est appauvrie. En 1859, elle était créancière de l’étranger pour 626 millions, par suite de l’excédent de ses exportations ; en 1869, elle était devenue débitrice de 78 millions, et en 1888 l’excédent des importations l’a constituée débitrice de la somme énorme de 861 millions !

Les élémens dont se composent ces chiffres pourraient être discutés, mais il faudrait nous plonger, à notre tour, dans la statistique, et nous y renonçons. Il vaut encore mieux accepter les chiffres qui nous sont donnés, saut à leur attribuer une signification différente. Le progrès des exportations, pour la période 1849 à 1859, a été en effet très considérable : c’est durant cette période qu’ont été mis en exploitation les grands réseaux des chemins de fer et les services de paquebots, ce qui a produit nécessairement une activité très grande dans le mouvement des échanges à l’intérieur et avec l’étranger. Ce mouvement se serait-il continué avec la même intensité si les prohibitions et les restrictions douanières avaient été maintenues ? Vous l’aflirmez, mais il est permis d’en douter. Tout progrès a ses limites, ou plutôt ses degrés. De ce qu’un pays, avec un nouvel outillage et des moyens de transports plus abondans, a pu doubler, pendant une période donnée, sa puissance productive, est-on fondé à conclure qu’il conservera indéfiniment, durant les périodes suivantes et dans les mêmes conditions, une égale faculté d’accroissement ? Quoi qu’il en soit, après les traités de 1860, l’exportation française n’a point cessé de progresser, alors que la plupart des nations européennes commençaient à pratiquer à leur tour la grande industrie et à nous opposer