Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/838

Cette page n’a pas encore été corrigée


Suédois. Nous pourrions alors, au retour de ces maîtres, entreprendre la fondation d’une école normale de gymnastique civile, émule de l’Institut central de Stockholm.

Ainsi se trouverait comblée une véritable lacune de notre système d’éducation physique. Tout notre enseignement normal de gymnastique se borne à l’École de Joinville-le-Pont, où nous formons des moniteurs pour diriger l’éducation physique de nos écoliers. Comme si des enfans du plus jeune âge, auxquels on reconnaît toutes les faiblesses physiques, toutes les prédispositions morbides résultant d’une vie trop sédentaire et d’un travail cérébral excessif, pouvaient être soumis à la même direction que des soldats, c’est-à-dire des hommes adultes ayant subi le contrôle des conseils de révision et qui sont, par conséquent, reconnus forts et bien portans !

La création d’une école supérieure de gymnastique supposerait un enseignement qui fût à la hauteur de cette institution. Il nous faudrait changer les matières des cours et surtout demander une instruction plus avancée au personnel enseignant. Il serait alors logique d’attacher moins d’importance à l’état d’entraînement des hommes qu’à leur degré d’instruction, et l’on arriverait, comme à Stockholm, à partager également le temps des élèves-maîtres entre les cours théoriques et les exercices pratiques, au lieu de remplir la journée, comme on le fait à Joinville, par sept heures de travail corporel. On formerait ainsi non des athlètes, — ce qui est parfaitement inutile pour l’enseignement, — mais des maîtres aussi capables de comprendre le but des mouvemens que d’en démontrer l’exécution. On aurait des « gymnastes » dans le sens que les Suédois attachent à ce mot, c’est-à-dire des hommes aussi capables de diriger l’éducation physique des enfans que de seconder les médecins. Mais les médecins devraient s’initier, eux aussi, pour diriger leurs aides, à bien des connaissances qui ne font pas encore partie de notre instruction médicale, et c’est à Stockholm même qu’ils devraient aller faire ces études spéciales.

C’est pour avoir trop peu le goût des voyages scientifiques que nous sommes restés si ignorans dans cette branche si importante de l’art de guérir. Aucun médecin français n’était venu étudier à Stockholm la gymnastique suédoise avant le mois de décembre dernier, date à laquelle nous y avons été envoyé en mission par le ministère de l’instruction publique. Il nous a été facile de constater que les autres peuples de l’Europe n’y avaient pas mis le même retard. A notre arrivée, plusieurs médecins allemands étaient déjà installés à Stockholm, suivant les cours de l’Institut central de gymnastique et les cliniques des instituts privés. Nous