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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/813

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beaucoup de mouvemens qui ne sont praticables que pour les privilégiés de la nature, pour les sujets dont la force physique est au-dessus de la moyenne : elle n’est pas applicable aux faibles. « La gymnastique, disait, à notre dernier congrès d’exercices physiques, M. Törngren, directeur de l’institut central de Stockholm, la gymnastique doit se garder de partager les hommes en exécutans et en spectateurs. Les exécutans seraient plus habiles peut-être, mais toujours moins nombreux, tandis que le nombre des spectateurs et leurs exigences iraient en croissant. » Ces paroles sont parfaitement d’accord avec les institutions de la gymnastique suédoise classique. Elles étaient peut-être aussi une protestation contre un esprit nouveau qui semblerait vouloir s’introduire dans le système et qui en serait certainement la perte. Certains maîtres, à Stockholm, voudraient agrandir le cadre de l’enseignement et y ajouter des exercices plus difficiles, capables de donner plus de satisfaction à l’amour-propre de l’exécutant. Déjà, une ou deux sociétés suédoises font quelques exercices d’appareils « à la française. » Mais ce ne sont là que des tentatives isolées de « romantisme, » et le système classique restera longtemps debout dans son intégrité.

Ce que les exercices aux appareils ont de plus caractéristique chez les Suédois, c’est leur tendance hygiénique qu’on pourrait opposer à la tendance athlétique des nôtres. Leurs appareils n’ont pas pour objectif, comme chez nous, de donner beaucoup d’exercice aux muscles des bras et des épaules, — muscles par lesquels la force humaine a le plus d’occasions de se manifester au dehors ; — ils visent plus spécialement certains groupes musculaires qui interviennent dans les grandes fonctions vitales ; les muscles de l’abdomen, par exemple, qui jouent un rôle si important dans le fonctionnement de l’appareil digestif, dont ils sont, en quelque sorte, des annexes ; les muscles de la poitrine qui concourent à cette fonction vitale par excellence qui s’appelle la respiration ; enfin, les muscles du dos, extenseurs de la colonne vertébrale, qui maintiennent le tronc dans la position verticale et dont l’action énergique et harmonique est indispensable à la correction de l’attitude debout.

Il est intéressant de remarquer que les muscles visés le plus particulièrement par les appareils de la gymnastique suédoise sont justement ceux qu’il importait le plus d’exercer chez l’écolier ; ce sont ceux qui souffrent le plus de l’attitude imposée à l’enfant par la vie scolaire. Les muscles du ventre sont mis dans le relâchement et l’inertie par le fait de l’attitude assise ; ceux de la poitrine sont placés dans les conditions les plus défavorables, par suite de la chute des épaules en avant quand le buste se penche sur le livre