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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/801

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Jules Simon et Gréard, de l’Académie française, marchent en tête du mouvement ; et, autour de ces illustres chefs, se groupent en foule des soldats plus obscurs, mais non moins zélés. L’Université n’est pas restée en arrière. On sait que l’an dernier une grande commission, réunie au ministère de l’instruction publique, a étudié les améliorations à introduire dans le régime de nos établissemens d’instruction secondaire. Cette commission, où nos médecins les plus distingués siégeaient à côté des hommes les plus éminens de l’Université, ne s’est pas occupée seulement des programmes scolaires et des méthodes d’enseignement : elle a voulu faire entrer dans le cadre de ses études les questions relatives à la gymnastique, insistant sur la nécessité de consacrer un temps plus long aux exercices physiques, s’attachant même à préciser la nature et la forme de ces exercices. On peut donc affirmer qu’aujourd’hui les questions relatives à l’éducation physique sont à l’ordre du jour dans notre pays.

Mais ce n’est là qu’une sorte de « renaissance » d’un mouvement très accentué qui s’est fait sentir, au commencement du siècle, sur presque tous les points de l’Europe. En Suède et en Allemagne, aussi bien qu’en France, l’éducation physique a eu ses apôtres, et cela précisément à la même date. C’est vers 1814 que Ling à Stockholm, Jahn à Berlin, et Amoros à Paris, fondaient des établissemens de gymnastique dont la fortune a été très diverse.

La France, après avoir suivi en principe l’impulsion d’Amoros, s’est arrêtée en chemin, et, ne prenant aucun intérêt aux efforts tentés par ses continuateurs, elle est retombée bien vite dans l’inertie, d’où elle semble vouloir sortir enfin après soixante ans.

L’Allemagne, pendant ce temps, restait fidèle aux traditions de Jahn, faisant de sa gymnastique une question de patriotisme et y cherchant une préparation à la revanche d’Iéna. Toutefois l’Allemagne, à cause de cette conception même du but de l’exercice physique, est restée stationnaire, et n’a donné à son système d’éducation aucun développement essentiel qui puisse nous servir d’enseignement et de modèle. Sa gymnastique est restée « athlétique » et militaire, comme au temps de Jahn. Les médecins allemands, il est vrai, semblent avoir plus que nous la conception scientifique de l’exercice et la notion des résultats qu’on peut en obtenir en médecine ; mais cette supériorité ne tient pas à leur système national ni aux progrès qu’ils auraient réalisés depuis son fondateur : elle est due aux emprunts qu’ils font chaque jour à la méthode suédoise. La plupart des ouvrages publiés en Allemagne, et où nous trouvons diverses tentatives pour donner à la gymnastique un rang dans l’art de guérir, ne sont que des réminiscences de l’enseignement de l’école de Stockholm, où nombre de