Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/797

Cette page n’a pas encore été corrigée


supériorité commune des mérites l’appréciation des titres individuels et de respecter strictement dans ses choix les conditions que lui imposent son passé même et le caractère de ses attributions. Rien de plus faux assurément que son prétendu parti-pris de n’approuver que des œuvres invariablement taillées sur le même patron ; en revanche, rien de plus vrai ni de plus sensé en fait que sa volonté persistante de ne pas transiger avec les infractions à certaines lois esthétiques immuables et, tout en acceptant la diversité des manières, de ne pas céder sur les principes. De là, ses préférences pour les talens d’un ordre et d’un caractère propres à en maintenir l’autorité ; de là l’éviction forcée des talens seulement agréables. Ceux-ci pouvaient être opportunément accueillis dans l’ancienne Académie royale de peinture et de sculpture, dont les membres n’étaient pas en nombre fixe, et qui d’ailleurs avait été fondée en vue de donner droit de cité en quelque sorte aux artistes de tous les genres, aux habiles à tous les degrés : ils seraient aujourd’hui déplacés à l’Institut. S’ils eussent vécu au XVIIIe siècle, Charlet par exemple, Raffet, Gavarni, se seraient vus très légitimement appelés à siéger dans une assemblée dont, pour ne citer que ceux-là, — Cochin et Moreau faisaient partie : se les figure-t-on à l’Académie des Beaux-Arts parmi les membres de la section de peinture, c’est-à-dire assimilés par le fait même de leur élection aux maîtres qui personnifient l’art contemporain dans sa signification la plus haute et qui le pratiquent le plus sévèrement ?

Quant aux dédains qu’ont affectés ou qu’affectent encore pour la dignité académique quelques esprits un peu plus démocratiques que de raison, — quant à ce libéralisme de principe ou d’occasion qui se traduit par des sarcasmes contre une institution entachée d’aristocratie suivant les uns, simplement surannée aux yeux des autres, — tout cela, peut-être, ne laisserait pas assez souvent de s’expliquer par la situation personnelle des agresseurs, se sentant eux-mêmes dans l’impossibilité d’entrer en possession des privilèges qu’ils condamnent. N’est-il pas, au surplus, arrivé plus d’une fois que des artistes, hostiles à l’Académie à l’époque où ils n’avaient pas encore mérité d’y trouver place, aient éprouvé pour elle de tout autres sentimens à mesure que les progrès de leur talent et de leur réputation semblaient les rapprocher des membres de cette compagnie d’élite ? Ils sont devenus les confrères de ceux-ci quand leurs titres justifiaient leur ambition, et l’on pourrait citer, même parmi les académiciens actuels, tel ancien ennemi ou, si l’on veut, tel converti qui s’est vu accueilli sans rancune, parce que l’heure était venue de se souvenir avant tout de ses mérites.