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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/720

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intéresse le plus. Dans le fond, ils protestent contre tout ; ils ne reconnaissent rien, ni les droits traditionnels de la France, ni les engagemens de l’Angleterre, ni le modus vivendi, ni l’arbitrage. Ils sont allés si loin dans leur politique d’hostilité ou de dissidence que, récemment encore, un de leurs tribunaux a condamné à une amende un capitaine anglais coupable d’avoir fait respecter les instructions de son gouvernement.

A la veille des vacances de Pâques, le ministre des colonies, lord Knutford, a été obligé de présenter au plus vite un bill armant le gouvernement des pouvoirs nécessaires pour faire exécuter ses ordres et maintenir l’autorité de ses engagemens avec d’autres puissances. Lord Salisbury, tout en ménageant encore ces enfans terribles de Terre-Neuve, ne paraît pas disposé à reculer : c’est tout simple, c’est pour lui une question d’honneur et de dignité. Le ministère de la reine Victoria n’est pas moins dans cette alternative de faire sentir le poids de la force britannique ou de subordonner sa politique, sa diplomatie aux volontés d’une colonie à demi détachée. Étrange incident de ce mouvement lointain qui intéresse d’abord l’Angleterre, sans doute, mais qui a bien aussi son importance pour le vieux monde tout entier !

Telle est, de nos jours, en effet, la marche des choses que les affaires de l’Europe ne sont plus seulement en Europe ; elles sont partout. La moitié de la puissance de l’Angleterre est dans ses colonies, et un des phénomènes les plus curieux du temps est ce travail d’émancipation, de semi-séparation qui se dessine aujourd’hui dans le monde colonial anglais. Les élections canadiennes étaient récemment un des épisodes de ce travail ; le premier ministre du Dominion, sir John Macdonald, n’avait rien négligé pour leur donner le caractère d’une lutte entre le loyalisme et l’idée d’une séparation plus ou moins déguisée. Ces élections sont aujourd’hui accomplies. Elles sont, sans doute, encore un succès pour la politique du premier ministre ; elles ne sont plus cependant qu’un succès limité et décroissant. Elles ne laissent au gouvernement qu’une majorité singulièrement réduite, surtout dans les provinces les plus riches, à Québec, dans l’Ontario. Elles révèlent le progrès des libéraux, de ceux-là mêmes que sir John Macdonald accusait récemment de trahison, de velléités séparatistes. Le mouvement gagne dans le pays ; mais ce n’est pas seulement au Canada ni même à Terre-Neuve que ce travail se poursuit aujourd’hui ; il est sensible, il arrive, en vérité, à ce qu’on pourrait appeler la phase pratique dans les régions australiennes. En ce moment même se trouvent réunis à Sydney les délégués des colonies anglaises delà Nouvelle-Galles du Sud, de Victoria, de Queensland, de l’Australie méridionale et occidentale, de la Nouvelle-Zélande, délibérant sur une constitution, sur l’établissement d’une fédération déjà décorée du nom d’Australasie. Un homme d’énergie, le premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud, sir Henri Parkes, s’est mis à la tête du