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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/704

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finale du troisième acte dans le Roi de Lahore, ou l’entr’acte amoureux d’Esclarmonde. Ce sont là des exceptions, et jamais on ne prendra pour un parc, encore moins pour une forêt, deux ou trois beaux arbres isolés dans un parterre de fleurs.

Écoutez maintenant l’histoire du Mage. Zarastrâ (ou Zoroastre) revient dans l’Iran, sa patrie, après avoir vaincu les Touraniens, et capturé leur reine Anahita, qu’il aime et dont il est aimé. Malheureusement, Varedha, fille d’Amrou grand-prêtre des Dêvas, prêtresse elle-même de Djahi, brûle pour Zarastrâ d’un amour auquel le guerrier se dérobe. Elle jure de le perdre ou plutôt de le conquérir. En pleine fête triomphale, au moment où Zarastrâ, acclamé de la foule comme Radamès, et comme Radamès aimé de deux femmes, au moment où Zarastrâ obtient du roi la main de sa belle captive, l’autre furieuse accourt et, comme Rachel de la Juive, déclare que Zarastrâ n’est pas libre et qu’il est son amant. Scandale complet, protestations indignées de Zarastrâ ; témoignage des prêtres en faveur de la prêtresse. Zarastrâ, comme Vasco dans l’Africaine, insulte les imposteurs et les dieux mêmes, complices de l’imposture. Il se retire dans les montagnes, où il se fait mage et se crée un dieu pour quelques fidèles et lui. Mais jusque sur les sommets, Varedha vient relancer l’insensible, le supplier d’amour et l’avertir qu’Anahita doit être demain l’épouse du roi. C’est la vérité : Anahita, cédant à la violence du monarque, se laisse unir à lui, quand par bonheur, et par hasard surtout, ses compatriotes les Touraniens envahissent la ville, incendient le temple, délivrent leur souveraine et massacrent Varedha, le roi de l’Iran, le grand-pontife et tout le clergé des Dévas, sans compter les prêtresses et les bayadères de Djahi.

Ramené dans la ville par le regret de son amour, errant à travers les décombres, Zarastrâ retrouve sur les ruines du temple Anahita vivante et Varedha pas tout à fait morte. Celle-ci a encore la force de maudire le couple détesté et d’appeler sur lui la colère de sa déesse. A sa voix, les flammes se raniment et jaillissent de toutes parts ; l’incendie embrase les restes du temple, mais le mage invoque son dieu à lui : Mazda éteint le feu qu’avait rallumé Djahi et les deux amans s’éloignent, tandis que Varedha achève de mourir.

De ce livret très attendu, très vanté par avance, l’intérêt et la nouveauté surtout nous ont échappé. C’est la première fois depuis longtemps, sinon depuis toujours, qu’un poète, un vrai, daigne accorder à un musicien l’honneur de sa collaboration. Quel poète encore ? Un touranien, et voici ce qu’au mot touranien on lit dans Littré : « Synonyme de nord-altaïque ; dénomination attribuée aux populations qui habitent entre la mer Caspienne et la mer du Japon, entre la chaîne du Thibet et l’Océan, et qui, tout en parlant des langues très diverses, ont des caractères communs. »