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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/697

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Comédie-Française : Mariage blanc, drame en 3 actes, en prose, de M. Jules Lemaître.


Un des penseurs les plus ingénieux, un des plus charmans écrivains de notre « fin de siècle, » a composé sur un sujet difficile, impossible peut-être, avec des personnages et des sentimens obscurs, exquis ou odieux, un drame à la fois délicieux et cruel, délicat et brutal, plein d’artifice et de vérité, dont la forme toujours nous enchante, mais dont le fond trop souvent nous déconcerte ou nous indigne. Dans Révoltée et le Député Leveau, il y avait plus de fermeté et de précision que dans Mariage blanc ; plus de santé morale également et même physique, car personne n’y était poitrinaire. Il y avait aussi plus de cette bonté, de cette pitié, qu’on devine souvent sous les grâces malicieuses de l’écrivain, comme, en son pays natal, le paisible azur de la Loire apparaît derrière le rideau léger des saules. Depuis ses débuts, le critique s’est fort égayé, un peu trop peut-être ; le dramaturge, au contraire, se serait-il attristé et endurci ? Un homme souffrait dans Révoltée ; dans le Député Leveau, une humble femme, victime déjà plus touchante ; dans Mariage blanc, c’est une enfant qui meurt avant sa vingtième année.

A Menton, pays ensoleillé et funèbre, entre sa mère et sa sœur, la petite Simone achève de mourir. Son père et son frère l’ont précédée ; elle s’en ira à son tour d’ici quelques mois, quelques semaines peut-être. Elle le sait, et quand elle est seule, elle pleure de partir si vite, sans qu’un fiancé, un mari, des enfans l’aient aimée comme les autres. Près de la douce créature, Marthe, sa sœur, rayonne de vie et de santé. Passe un beau jour certain comte de Thièvres, oui, un passant en