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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/673

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La mort de M. Windthorst a eu pour l’Allemagne l’importance d’un événement politique ; on a senti qu’avec lui quelque chose finissait, et on se demande aujourd’hui encore si le parti du centre survivra à son chef. Jamais funérailles ne furent célébrées avec plus de pompe et d’éclat. Les députés catholiques étaient accourus presque tous à Hanovre, le 19 mars, pour rendre les derniers devoirs à celui qui les avait si souvent conduits à la bataille. Ils ont pris la tête d’un immense cortège, sur lequel flottaient deux cents bannières ; de place en place, des corps de musique exécutaient des marches funèbres. Mais ce qu’on a remarqué plus que tout le reste, c’est que, derrière le cercueil, marchait un aide-de-camp de l’empereur, M. de Bulow, chargé par son maître de le représenter dans cette imposante cérémonie. Au préalable, le corps avait été exposé à Berlin, dans l’église Saint-Hedwige, et on avait vu se presser autour du catafalque, avec les représentans de Guillaume II, du prince-régent de Bavière et du grand-duc de Bade, le nouveau chancelier, M. de Caprivi, tous les secrétaires d’état impériaux, tous les ministres prussiens. M. de Bismarck a trouvé qu’on en faisait trop, qu’il y avait de l’excès dans ces démonstrations, dans ces hommages rendus à l’homme qu’il avait qualifié jadis d’ennemi de l’empire. Il s’en est plaint avec une acrimonieuse véhémence dans le journal de Hambourg auquel il confie ses chagrins. Du fond de sa tanière, où il lèche ses plaies sans réussir à les fermer, ce lion blessé pousse sans cesse des cris d’alarme ou de colère qui signifient : « Depuis que je ne suis plus là, vous ne faites que des sottises. »