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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/672

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Accroupie sur le tapis vivant des fleurs sauvages, elle tomba dans un profond évanouissement.

Revenue à elle-même après une longue défaillance, son premier regard se fixa sur une fleurette blanche, une fleur de camomille. La cueillant aussitôt, elle en effeuilla les pétales un à un ; elle les fit voler dans l’espace en murmurant : — « Volez, volez loin, bien loin. Dites-moi où est mon Azamat ? »

Depuis on la vit, en toute saison, parée d’une couronne de fleurs de camomille, se tenant à l’entrée du village et demandant à tous les passans s’ils n’avaient pas vu son Azamat. Ni les chaleurs de l’été, ni les chasse-neige de l’hiver ne pouvaient la tenir éloignée du portail de l’enceinte du village. Elle n’avait de larmes que lorsque la saison morte ne lui permettait plus de remplacer sa guirlande fanée par des fleurs de camomille fraîches.

Au bout d’une année, on ne la vit plus. Personne ne l’avait vue disparaître dans le tournant de la rivière… Son corps ne fut pas retrouvé. Tout ce qui restait de la jolie Karatchaïka, c’était une couronne de fleurs de camomille fanées, ondoyant à la surface de l’eau.


K. GORBOUNOF.