Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/642

Cette page n’a pas encore été corrigée


encore quand on s’en tire sans grosses avaries, ce qui peut fort bien arriver dans le cas de berges rocheuses, et il s’en trouve en plusieurs endroits du tracé proposé.

Suivre l’axe ou une parallèle très voisine est déjà difficile quand on marche en droite ligne. Mais la difficulté s’aggravera considérablement dans un canal sinueux comme celui-ci, où la moitié du trajet se fera dans des courbes d’un rayon relativement court. On se rend compte, en effet, que, sur une courbe, l’orientation du navire change à chaque moment, ce qui nécessite l’action ininterrompue et très précise du gouvernail. Le moindre écart suffit, et le navire dévié subit l’accident que nous décrivions tout à l’heure.

C’est pour l’éviter que les bateaux exclusivement destinés à la navigation en rivière ou en canal sont munis de gouvernails à très large surface, dont l’action est extrêmement puissante. Tout autre est le gouvernail des navires de mer. La première préoccupation des constructeurs est de le préserver autant que possible du choc des lames, et on lui donne pour cela la plus petite surface possible. On pourrait bien, quand il navigue en canal, lui ajouter quelques ailettes, comme on l’a fait de tout temps en Hollande ; mais ce ne serait là qu’un palliatif fort insuffisant, — et il faut admettre qu’en principe un navire de mer gouvernera moins bien dans un canal qu’un bateau de rivière.

Il est donc de toute nécessité de le mettre dans des conditions qui rendent sa gouverne aussi sûre que possible quand on lui fait entreprendre cette navigation pour laquelle il n’est point fait. La première et la plus indispensable de ces conditions est que le navire ait assez d’eau sous sa quille. Les 30 centimètres, appelés en langue maritime le pied de pilote, sont un minimum à peine suffisant pour franchir, en eau calme et à faible vitesse, une barre de petite étendue. L’expérience quotidienne des canaux maritimes aujourd’hui existans et de certains chenaux de grandes rivières a démontré d’une façon définitive qu’avec moins de 50 centimètres d’eau sous la quille, dans un canal de dimensions analogues à celles du projet, un navire gouverne toujours mal. Il serait prudent aussi de laisser dans la profondeur un certain logement aux matériaux que la violence du remous ne manquera pas d’enlever aux talus. Dans les parties surtout où le canal s’écarte du thalweg naturel du fleuve, celui-ci tendra toujours, surtout en temps de crue, à combler l’œuvre artificielle qui contrarie les lois invincibles de son régime.

Ce n’est donc pas avec 6m,20 de profondeur que le canal pourra admettre des navires de 6 mètres de tirant d’eau. Comme, en outre, en passant de l’eau salée à l’eau douce, un semblable navire