Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/631

Cette page n’a pas encore été corrigée


possibles, la difficulté d’entretenir les quantités d’eau nécessaires furent les principales causes de cet insuccès. Les canaux projetés n’avaient, en outre, ni la largeur, ni la profondeur indispensables aux bâtimens de mer, et ils n’auraient pu être fréquentés que par la batellerie.

Il semblait d’ailleurs plus simple d’utiliser le grand fleuve qui déroule son cours de Paris à la mer. On l’avait déjà voulu tenter. En 1760, Passement, ingénieur du roi, avait proposé d’approfondir la Seine, de façon à assurer aux navires un tirant d’eau de six pieds jusqu’à Poissy. Les cinq ponts, alors existans entre cette ville et Paris, lui paraissaient un obstacle qu’il ne fallait pas chercher à surmonter. Cette tentative mérite d’être citée, car Passement est le seul qui ait, jusqu’à ce jour, cherché à utiliser purement et simplement le lit naturel du fleuve ; on voit d’ailleurs dans quelles modestes proportions.

L’illustre Perronet, qui avait condamné le projet de Passement, repoussait, quelque temps après, celui d’Isnard, consistant en un canal de Rouen à Paris, sur lequel on n’eût pas rencontré moins de 183 écluses. En 1794, Forfait, qui fut depuis ministre de la marine, et l’ingénieur Sganzin, encouragés par Carnot, abordèrent le problème d’une autre façon. Ils commencèrent par démontrer la possibilité, fort contestée alors, d’utiliser le lit lui-même de la Seine, en faisant remonter en onze jours, du Havre à Paris, avec 160 tonnes de chargement, le lougre le Saumon, construit exprès sur leurs dessins. Malgré les dimensions restreintes de ce petit bâtiment, qui n’avait pas plus de 2m,60 de creux, la tentative parut intéressante. En 1706, Sganzin, en collaboration avec de Cessart, soumit au Directoire un rapport concluant à la possibilité d’aménager la Seine en vue d’une certaine navigation maritime. Il voulait, toutefois, éviter les passages les plus difficiles, au moyen de cinq dérivations ou coupures pratiquées dans les principales presqu’îles que dessine le fleuve en ses nombreux contours.

Le Directoire et le régime qui suivit eurent d’autres préoccupations, et, jusqu’à la Restauration, si on parla quelquefois de Paris port de mer, comme au moment où Fulton fit les essais incompris du premier bateau à vapeur, il n’apparut dans cette période aucun projet digne d’être noté. Le roi Charles X réveilla de ce côté l’esprit de tentative. Visitant, le 24 novembre 1824, les travaux, alors en cours d’exécution, du canal Saint-Martin, il fit entendre qu’il accueillerait avec bienveillance l’idée de faire venir par la Seine les navires de commerce à Paris. L’ingénieur Bérigny, déjà auteur d’un projet de canal de 3 mètres de profondeur, reprit