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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/588

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était hors de prix, on faisait en bois les charrues et les essieux des charrettes, quitte à les remplacer plus souvent. Il y a trois ans, lors de l’accaparement des cuivres, on a vu comme la cherté de ce métal avait déconcerté et mis en fuite une partie des consommateurs. L’ouvrier d’usine, dont le salaire aurait ainsi baissé, aurait la ressource d’employer, matin et soir, à un autre labeur (non surveillé, celui-là) une partie des heures qui demeureraient vacantes, afin de n’avoir pas trop à souffrir de la sollicitude de ses protecteurs.

Au milieu de l’effervescence et de l’agitation, en partie factices, mais toutefois dangereuses, dont cette question est l’objet, on ne saurait trop admirer la sagesse du très grand nombre des ouvriers qui se sont résolument déclarés hostiles à toute réglementation. Plus du quart des 22,000 réponses que l’on a recueillies dans l’enquête, ouverte depuis dix mois, émanant de syndicats ouvriers ou d’ouvriers isolés de divers corps de métier, repoussent toute limitation des heures. Sur les trois quarts restant, 2 pour 100 sont partisans de journées de 12 ou 11 heures, 35 pour 100 proposent la journée de 10 heures, 6 pour 100 la journée de 9 heures, 7 pour 100 la journée de 8 heures, « avec heures supplémentaires, » ce qui équivaut à demander une augmentation de paie ; enfin 25 pour 100 seulement réclament la pure « journée de huit heures » du programme socialiste. Vous pourrez désormais manifester au 1er mai sur nos places, farouches militans des trois-huit, obséder l’opinion et vous assembler en meetings tumultueux ; on vous connaît, vous n’êtes qu’une faible minorité. C’est une belle leçon que la masse de la classe ouvrière donne aux exagérés du parlement et de la presse. Elle fait grand honneur à sa perspicacité, cette défiance qu’elle manifeste pour la réduction du travail dont on songe à lui faire cadeau.


VII

Mais s’il n’est pas possible au législateur d’augmenter artificiellement les recettes des ouvriers, il est du moins en son pouvoir de ne pas augmenter leurs dépenses en élevant le prix de la vie par des droits de douane, que l’on appelle « protecteurs de l’agriculture, » et qui sont tout simplement « protecteurs du revenu des propriétaires fonciers, » ce qui n’est pas la même chose ! Il ne faut pas croire, comme le disent les promoteurs de ces droits, que la classe ouvrière ne souffrirait pas de la hausse du prix de la vie, parce que les salaires « suivent le prix des denrées, » qu’ils