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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/577

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d’airain » de Lassalle, — « loi de caoutchouc, » devrait-on la nommer plutôt, — est un colossal mensonge. Toutes les études précises que l’on fera, aussi bien pour la France des temps passés que pour l’Europe du temps présent, le démontreront avec évidence. Dans l’intérieur de la France de 1891, les hauts et les bas des salaires ne sont nullement en rapport avec les hauts et les bas des denrées. La vie est plus chère à Paris qu’au Havre, beaucoup de salaires pourtant sont plus élevés au Havre qu’à Paris. Entre Paris et la province en général, la différence de paie des ouvriers ne correspond pas à la cherté plus grande de la vie dans la capitale, mais à une habileté plus consommée du compagnon parisien. La preuve, c’est que l’écart n’est pas le même, entre la province et Paris, selon les salaires de chaque profession, tandis que les prix des denrées et des loyers sont les mêmes pour un terrassier ou pour un peintre en bâtiment ; or, le terrassier de province gagne 2 fr. 70, et le terrassier de Paris gagne 4 fr. 50, soit un supplément de 1 fr. 80, tandis que le peintre de province gagne 3 fr. 40 et celui de Paris 6 fr. 25, soit 2 fr. 85 d’écart, desquels une partie seulement peut être considérée comme correspondant à une indemnité de séjour, tandis que l’autre est le prix de la sélection qui amène au centre les individus les plus capables.

D’autre part, les journées les mieux rétribuées ne constituent pas toujours les gains annuels les plus avantageux. Il y a les chômages, auxquels les « huit-heuristes » ne paraissent pas songer dans leur projet, chômages provenant de la saison pour les corps d’état du bâtiment et autres, obligés de plier devant les intempéries, à moins que la loi ne supprime ces intempéries, chômages provenant de la nature des industries ou des commerces, qui procèdent par bonds dont on n’est pas maître : métiers de luxe, marins, etc. Il y a, en revanche, des coups de collier ; des compensations s’établissent entre les diverses époques de l’année et les divers jours de la semaine. On ne parle pas ici du chômage volontaire des capricieux, qui font de longues séances quand il leur plaît, mais qui s’abstiennent de l’atelier plus souvent que le dimanche. Que l’ouvrier de grande ville qui travaille régulièrement ses six jours par semaine lève la main, il n’en est guère ! Empêcherez-vous ceux-là de se rattraper ? Dans chaque métier, les salaires subissent de notables fluctuations, résultant de l’offre et de la demande dont on n’avait pas encore décrété l’abolition : tantôt c’est l’abondance ou la rareté de la main-d’œuvre qui agit, comme pour les typographes qui, après avoir touché pendant la première moitié de ce siècle plus du double des autres ouvriers, à l’époque du développement de la presse, sont demeurés ensuite immobiles aux anciens taux. A Copenhague, les imprimeurs sont encore payés jusqu’à 12 francs