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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/570

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il serait curieux de savoir les noms de ces professions singulières, qui ont marché depuis quarante ans à rebours de toutes les autres.

Les correspondans ont, du reste, plus d’une lueur de bon sens. A cette interrogation : « Êtes-vous partisans de la grève générale ? — Unanimement, répondent-ils, mais on a demandé quelle soit possible. — Croyez-vous qu’on doive renouveler la manifestation du 1er mai, à cette date ou à une autre, et qu’on doive maintenir ou changer la nature de la manifestation ? — Oui, unanimement, le 1er mai, comme date de la manifestation, et la majorité demande qu’elle soit pacifique comme l’an dernier. » Le congrès lui-même a paru moins sage que ses correspondans, en souhaitant « que la manifestation de 1891 soit moins pacifique que celle de 1890, » et les résolutions qu’il a votées ne sont pas dépourvues de quelque audace. Tandis que les trades-unions, réunies à la même heure à Liverpool en assemblée plénière, se bornaient à « inviter leur comité parlementaire à prendre immédiatement les mesures nécessaires pour obtenir, par un acte législatif, la réduction des heures de travail, dans tous les métiers, à huit par jour, avec un jour de repos par semaine ; » que cette motion, vivement combattue « comme un acte de lâcheté et d’abdication morale des ouvriers, » par le représentant des mineurs du Northumberland, n’était votée qu’à la majorité de 6 voix seulement (181 contre 175), nos compatriotes, au congrès de Calais, agrémentaient ce premier vote d’une poignée d’autres décisions, au moins aussi chimériques : égalité des salaires pour les deux sexes, suppression du droit de marchandage, des règlemens d’atelier avec amendes, interdiction aux patrons d’employer des ouvriers étrangers à un taux de salaire inférieur à celui réclamé par les ouvriers français, entretien des enfans et des vieillards par l’État, etc.

Ces ordres de la classe ouvrière, ou du moins d’une fraction de cette classe, — comme on le verra plus loin, il n’y a parmi elle aucune majorité sur ces divers points, même sur la durée maxima de la journée de travail, — nos députés socialistes se sont chargés de les transmettre à la nation sous forme de projets de loi qu’ils ont déposés à la chambre. Le moment semble venu à MM. Ferroul, Cluseret, Millerand et quelques-uns de leurs collègues d’extrême gauche, de légiférer selon les vrais principes collectivistes. Tout leur programme tient en quelques lignes : limitation de la journée de travail à un maximum de huit heures pour les adultes, interdiction du travail au-dessous de quatorze ans, et, de quatorze à dix-huit ans, réduction de la journée à six heures pour les deux sexes ; suppression du travail de nuit, sauf pour certaines industries dont la nature exige un fonctionnement ininterrompu ; repos de trente-six heures au moins par semaine pour tous les