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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/564

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pas clair. Ils sont là des milliers à se conjouir de l’enterrement définitif des vieilles lois barbares d’Adam Smith sur la liberté des transactions, mais ils ne semblent pas s’être mis tout à fait d’accord sur le régime par lequel ils remplaceront cette liberté démodée.

N’importe ! le courant est si fort, si irrésistible est l’attraction de la nouvelle sociologie, qu’elle entraîne à la recherche de cette pierre philosophale : « l’augmentation obligatoire des salaires, » les potentats et les foules, les assemblées démocratiques et les monarques aristocratiques, les millionnaires et les gueux, les dévots et les impies, les anciens communards et leurs anciens otages. C’est une folie, une surenchère de promesses d’un côté et de réclamations de l’autre. Quoi que vous réclamiez, chers prolétaires, il se trouvera des gens pour vous promettre encore davantage ! Quoi que vous promettiez, chers socialistes en paletot, il se trouvera des gens pour réclamer encore un peu plus ! Autour du « zinc » humide de La Villette, autour du tapis frangé d’or de Berlin, à Liverpool, près des balles de coton, là où la fièvre du commerce est la plus chaude ; à Auray, dans la lande bretonne à culture patriarcale, sous les ex-voto de la bonne sainte Anne ; à Liège, où l’on coudoie des chanoines allemands et des comtes de la chambre des seigneurs de Prusse et d’Autriche ; à Calais, où des cabaretiers, présidens de syndicats fougueux, pérorent à l’ombre des drapeaux rouges ; à Lyon, à Angers, dans vingt congrès et sous-congrès, et jusque dans le prétoire, à l’occasion des discours de rentrée de la magistrature, on agite les mêmes questions, avec la même ardeur passionnée, et on les résout à peu près de la même manière.

La société politique aperçoit, sur la fin du XIXe siècle, quelque chose qu’elle n’a pas réglé et qui lui paraît aller mal, bien qu’en cette matière, comme nous venons de le voir, tout aille beaucoup mieux qu’il y a cent ans. Elle relève ses manches, fait comparaître devant elle le capital et le travail, et leur dit : « A nous trois ! A nous trois, nous allons vider cette vieille querelle, et la terminer si bien que de longtemps il n’en soit plus question. » Et que nous propose-t-on pour y mettre un terme ? Voici venir d’abord ceux qu’on appelle les « socialistes chrétiens ; » à la tête de ces nouveaux croisés, un prince de l’église, le cardinal Manning, s’exprime ainsi dans une lettre-programme adressée, au mois de septembre dernier, à l’évêque de Liège : « Je ne crois pas qu’il soit jamais possible d’établir, d’une manière efficace et durable, des rapports pacifiques entre patrons et ouvriers, tant qu’on n’aura pas reconnu, fixé et établi publiquement une mesure juste et convenable réglant les profits et les salaires, mesure d’après laquelle seraient régis tous les contrats libres entre le capital et le travail. De plus, comme les