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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/553

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de Jéhovah, fut poussé par un grand poète dont le nom est resté inconnu, et qui est peut-être de tous celui dont la voix a porté le plus loin, car ses images et ses métaphores ont enfanté un dieu nouveau. On est convenu de l’appeler le second Isaïe, parce que les compilateurs de la Bible ont mis son œuvre à la suite de celle d’Isaïe, qui vivait cent cinquante ans auparavant, mais dont il est d’ailleurs visiblement l’élève et le continuateur.

Les acclamations dont il salue Cyrus ne rappellent en rien celles dont Jérémie saluait Nabuchodnozor. Le Chaldéen venait pour accomplir les destructions nécessaires, le Perse vient pour la délivrance et la restauration ; Nabuchodnozor était l’instrument des vengeances de Jéhovah, Cyrus celui de ses clémences. C’est que, dans l’intervalle, les débris d’Israël, transplantés, ont grandi dans la voie du Seigneur : la dispersion a épuré le péché de Jacob.

Quand la nouvelle se répandit que Cyrus marchait sur Babel, ce fut un cri de joie triomphante dans le cœur des prophètes. La restauration si longtemps annoncée allait s’accomplir : le dernier acte du drame prophétique s’ouvrir, le plan divin se réaliser. Tout plie devant le libérateur envoyé par un Dieu qu’il ne connaît pas. Dieu veut que Juda soit repeuplé et Jérusalem rebâtie, et c’est pour cela qu’il prend Cyrus par la main, qu’il marche devant lui, aplanit devant lui les escarpemens, brise les portes d’airain, fait éclater les barreaux de 1er, lui livre les trésors enfouis. Le dieu Bel tombe, Nabo est renversé, tous ces dieux d’or chargés sur les bêtes de somme, qu’ils fatiguent de leur poids. L’Eternel a brisé la verge de l’impie, le sceptre de l’oppresseur ; la terre entière jette un cri de bonheur ; jusques aux cyprès qui sont dans la joie et jusqu’aux cèdres du Liban qu’il abattait pour ses palais : « Puisque te voilà à terre, la cognée ne montera plus sur nous ! » Et dans le Schéol, tous les spectres des tyrans de jadis, qu’il y a précipités, se relèvent pour recevoir le nouveau-venu et lui crient : « Te voilà donc blessé comme nous, te voilà semblable à nous ! Descendues au Schéol ta splendeur et la voix de tes lyres ! Et ceux qui te voient à présent disent : Quoi ! c’est là celui qui faisait trembler la terre et frissonner les empires ? »

Comment Israël a-t-il pu perdre cœur, dire : « Ma destinée est indifférente à Jéhovah, Dieu m’a oublié ? » Une femme oublierait-elle son nourrisson, une mère le fruit de ses entrailles ? Elle l’oublierait que moi, Jéhovah, ne t’oublierais pas. Tu ne sais donc pas, Israël ? Tu ne comprends donc pas que Jéhovah est toujours Dieu ? Qui l’a suscité de l’Orient, Celui sur les pas duquel accourt la victoire [1] ? Et toi, Israël, mon serviteur, toi que j’ai élu, race

  1. Cyrus.