Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/545

Cette page n’a pas encore été corrigée


mais Jéhovah le séduit et le violente. Il est la risée et la terreur de tous : car, toutes les fois qu’il lève la voix, il faut qu’il crie, qu’il dénonce violences et périls, et la parole du Seigneur est pour lui une cause de honte et d’opprobre. « Je disais bien : je ne veux plus parler de lui, je ne veux plus parler en son nom : mais c’était en mon cœur comme un feu brûlant enfermé dans mes os ; je me suis épuisé à le contenir et je n’ai pu. »

Jérusalem est prise une première fois (598) : les hautes classes sont déportées à Babylone : le pauvre petit roi Joiachin va expier en exil la folie de son père : « Par ma vie, dit l’Éternel, quand Joiachin, fils de Joiakim, roi de Juda, serait l’anneau de ma main droite, je l’en arracherais… Et je te jetterai, toi et ta mère qui t’a enfanté, sur une terre étrangère qui n’est point celle où vous êtes nés, pour y mourir. Et la terre vers qui leur âme se reporte pour y revenir, ils n’y reviendront pas. » Et pourquoi est-il jeté, lui et sa race, sur une terre inconnue ? Pourquoi nul de son sang ne s’assiéra-t-il plus sur le trône de David ? C’est que les bergers du peuple de Dieu ont laissé leur troupeau se perdre et s’égarer. Mais Dieu va ramasser ses brebis errantes et leur donner des pâtres qui les feront paître sans qu’aucune se perde.

En effet un nouveau règne commençait : c’était l’inconnu, et par suite c’était une dernière espérance. Le nouveau roi, Sédécias, fils de Josias, était un homme faible, mais bien intentionné. Un de ses premiers actes sembla annoncer un nouveau Josias et prouver que la politique de réformes revenait sur l’eau, que la charte prophétique allait devenir une réalité. Le Deuteronome rendait la liberté de droit à tout esclave hébreu qui avait servi six ans. Sédécias convoqua les grands, et tous les propriétaires d’esclaves et fit proclamer l’émancipation des esclaves, qui furent mis en liberté. Mais le lendemain de cette nuit du 4 août, les privilégiés regrettaient déjà leur générosité, peut-être arrachée par la crainte de quelque danger extérieur : l’acte d’affranchissement fut rescindé et les esclaves rentrèrent dans leur esclavage. C’était un de ces incidens qui éclairent jusqu’au plus profond l’abîme d’une société qui ne peut plus être sauvée, et il arracha à Jérémie un cri effrayant qui dut retentir comme l’arrêt sans retour de la justice divine : « Vous avez fait retourner vos frères dans l’esclavage ; vous avez refusé de proclamer leur liberté : eh bien ! moi, parole de Jéhovah ! je proclame la liberté contre vous à l’épée, à la peste, à la famine ! »

Sédécias tombe à son tour dans le piège de l’alliance égyptienne, et bientôt les bandes babyloniennes viennent de nouveau camper devant Jérusalem, cette fois sans espoir de pardon. L’Egypte a abandonné Juda à l’heure du péril. Et Jérémie reprend, avec une frénésie nouvelle, sa prédication de mort. On le presse