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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/540

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suis qu’un enfant ; vers tous ceux que je t’enverrai, tu iras ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Et n’aie pas peur devant eux, car je suis avec toi pour te protéger, parole de l’Éternel ! » Et Jéhovah étendit la main et me toucha la lèvre, et me dit : « Je viens de mettre mes paroles sur ta lèvre. Vois-tu, en ce jour-ci, je t’ai établi sur les nations et sur les royaumes pour arracher et pour renverser, pour détruire et pour démolir, pour édifier et pour planter. »

Jérémie se rendit d’Anathoth à Jérusalem, là où était la partie décisive à gagner ou à perdre. Il trouva là, dans le temple même, des auxiliaires inattendus. Le grand-prêtre Hilqia était gagné à la cause prophétique, et le prophétisme, étouffé sous Manassé, s’était retrouvé dans le cœur d’une femme, la prophétesse Houlda. Le jeune prophète d’Anathoth porta dans ce milieu ardent, et qui n’attendait qu’une direction suivie, une fougue et une énergie nouvelles. Eut-il une influence personnelle sur le jeune roi, à peine âgé alors de vingt-deux ans ? Peut-être. En tout cas l’apostolat de Jérémie fut heureux, et quatre années à peine s’étaient passées, qu’un événement décisif se produisit. La nouvelle se répandit subitement que le grand-prêtre Hilqia avait trouvé dans le temple le Livre de la loi de Jéhovah. Le roi se fit lire le livre d’un bout à l’autre, et cette lecture produisit sur lui une émotion si extraordinaire, qu’il le fit lire publiquement devant tout le peuple assemblé et le promulgua comme loi de la nation.

La critique moderne a démontré, d’une façon qui laisse peu de place au doute, que ce Livre de la loi, retrouvé, dit-on, dans le temple, n’est autre que le Deutéronome, c’est-à-dire ce beau résumé systématique de la législation mosaïque qui termine à présent le Pentateuque. De plus, il est probable que le livre présenté à Josias avait été, sinon rédigé, du moins retouché par les prophètes du temps et en vue d’une action immédiate. On a souvent prononcé, à ce propos, le mot de fraude pieuse. Le mot n’est qu’à moitié exact, et ne peut s’appliquer qu’à la mise en scène : car le fond même du livre ne contenait pas une idée, pas un précepte, pas une menace, pas une promesse qui n’eût été dans la bouche des prophètes depuis près de deux siècles. Il n’y avait pas une ligne qui eût été écrite pour introduire, sous le couvert d’une autorité ancienne, une idée nouvelle, ce qui est le propre de l’apocryphe. Le Deutéronome était bien le Livre de la loi de Jéhovah, telle qu’elle planait sur Juda depuis les premiers prophètes. Quand les prophètes parlaient de la loi de Jéhovah, on leur demandait : « Où donc est-elle, cette fameuse loi ? et dites-nous une fois pour toutes ce qu’elle veut. » Il fallait un livre pour fermer la bouche aux railleurs, pour fixer les indécisions des hommes de bonne