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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/537

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époque où l’attente du Messie des derniers jours, du Messie des revanches, était la seule force de vie qui restât en Israël, un jour que des juifs proscrits demandaient à leurs guides : « Quand viendra donc le Messie promis qui doit nous sauver ? » un vieux rabbin, hochant la tête avec tristesse, leur répondait : « Le temps du Messie est passé, le Messie ne viendra plus : car il est déjà venu ; il s’appelait Ézéchias. »

La chute de Samarie avait démontré d’une façon éclatante la divinité du prophétisme. L’histoire allait continuer en sa faveur sa propagande par le fait. Jéhovah avait fait tomber Samarie infidèle et perverse devant l’Assyrien : l’Assyrien ne savait pas qu’il n’était que l’instrument indifférent de la justice suprême, et se rua sur Jérusalem prête à la conversion. La peste sauva Jérusalem, et le prophète, dans le secret de Jéhovah, s’écria :

« Malheur à l’Assyrie, la verge de ma colère, le bâton auquel j’ai remis ma vengeance ! La cognée se vante-elle contre celui qui la manie, la scie s’élève-t-elle contre celui qui la fait mouvoir ? .. C’est pourquoi le Seigneur, Seigneur des armées, enverra la consomption sur ses gros capitaines, et sur sa gloire allumera une flamme d’incendie. Ne crains rien, ô mon peuple qui habites Sion, de cet Assyrien qui te frappe de sa verge, et lève contre toi le bâton à la façon de l’Égyptien. La cognée de Jéhovah passe sur les hautes branches d’Assur et cette forêt du Liban est abattue à terre. » Alors, devant l’Assyrien écrasé, une vision de paix, qui depuis a hanté l’univers, passe devant les yeux du prophète : c’en était fini de la guerre, fini de la haine. Jéhovah devenait l’arbitre des nations, les peuples ne levaient plus l’épée l’un contre l’autre, et l’on allait forger les glaives en socs de charrue. La race de David allait donner le roi idéal, le juge sur qui reposera l’esprit de Jéhovah, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de connaissance et de crainte de Jéhovah ; qui ne jugera pas d’après l’apparence et ne décidera pas d’après l’ouï-dire, mais qui jugera les faibles d’après la justice et décidera selon l’équité en faveur des humbles. Le loup allait habiter avec la brebis : le veau, le lion et le mouton paîtront ensemble, et un petit enfant les conduira tous. Car on ne péchera plus, on ne fera plus le mal sur toute l’étendue de la montagne sainte, et la connaissance de Dieu emplira la terre comme les eaux couvrent le fond de l’Océan.


V

Le triomphe du prophétisme ne dura pas. Ézéchias mourant laissa pour héritier un enfant de douze ans, Manassé (696). La régence lut le signal d’une réaction libertine qui dura soixante ans. Le long