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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/530

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pas ; planter des vignes délicieuses, ils n’en boiront pas le vin. Qu’ils aillent à Kalneh, à Hamath-la-Grande, à Gat des Philistins, voir le sort qui les attend ! Ils partiront en exil en tête des exilés et leurs cris de plaisirs cesseront. C’est Jéhovah qui le jure, le dieu des années : « Je déteste l’orgueil de Jacob, je hais ses palais. » Et il assiégera sa ville, l’affamera, la videra, passera le niveau sur Israël, détruira ses sanctuaires et lèvera le glaive sur la maison de Jéroboam.

Il fallait un cœur hardi pour jeter ces cris à des vainqueurs, en plein triomphe : « C’était un temps où l’homme prudent se tait, car ces gens-là haïssent ceux qui les réprimandent à la porte du tribunal et détestent ceux qui leur parlent d’équité. » Les prêtres surtout en voulaient à ces hommes sans mandat qui s’arrogeaient de faire dire à Jéhovah des choses dont eux, ses prêtres, ne s’étaient jamais avisés. Le prêtre de Beth-El, le sanctuaire royal, dénonça l’intrus au roi Jéroboam : « Va-t’en en Juda, dit-il, gagner ton pain à débiter des prophéties ! » — « Je ne suis ni prophète, répond Amos, ni fils de prophète ; je ne suis qu’un berger qui me nourris de sycomore ; mais Jéhovah m’a pris d’auprès de mes brebis et m’a dit : « Va prophétisera mon peuple en Israël ! » Car quand le Seigneur l’ordonne, il faut que le prophète parle, en dépit de qui lui ferme la bouche : « Quand le lion rugit, qui ne tremblerait ? Quand l’Éternel parle, qui ne prophétiserait ?… »

Ce ne sont pas les prêtres ni le culte qui sauveront Israël de la colère de Jéhovah ! « Apportez chaque matin vos sacrifices, et vos dîmes tous les trois jours, et faites sonner bien haut vos dons volontaires, puisque vous aimez tout cela, enfans d’Israël ! Mais toutes vos fêtes, Jéhovah les hait, les méprise. Que lui font vos holocaustes et vos tributs de veaux gras ? Il fera rouler l’autel sur la tête de ses adorateurs et les écrasera sous ses ruines. Quand ils se réfugieraient dans le schéol, sa main les en arracherait ; ils monteraient au ciel qu’il les en ferait descendre… — Loin de moi le bruit de vos cantiques, que je n’entende plus le son de vos lyres ; mais que le bon droit jaillisse comme l’eau, et la justice comme une intarissable rivière ! » — Israël, qui se sent frappé pour ses fautes, cherchera la vérité autour de lui ; il la demandera à ses idoles qui ne peuvent la lui donner : — « Il viendra des jours, dit le Seigneur éternel, où je jetterai la faim dans le pays, non une faim après le pain, ni une soif après l’eau, mais la soif d’entendre les paroles de l’Éternel. » — Ils courent éperdus, dans l’inquiétude du divin, de l’idole de Dan à l’idole de Beer-Scheba et meurent sans trouver.

Dieu pourtant ne peut abandonner à tout jamais le peuple qu’il a choisi. Seuls les pécheurs de son peuple périront. Israël et Juda seront réunis de nouveau. Dieu rétablira la chaumière délabrée de