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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/517

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Ernest Renan, Histoire du peuple d’Israël, t. III. Paris, 1890 ; Calmann Lévy.


La Bible est, en France, un livre plus célèbre que connu, et la critique biblique y est une chose nouvelle, bien que pourtant la France ait été son premier berceau. Sans remonter jusqu’à Richard Simon, l’ingénieux oratorien qui entrevit le problème et la méthode, mais dont la tentative, étouffée par l’orthodoxie trop prévoyante de Bossuet, resta stérile pour l’avenir, c’est à un Français qu’est due la découverte initiale d’où est sortie l’exégèse moderne. En 1753, le médecin Jean Astruc, professeur au Collège de France, remarquant dans la Genèse l’emploi alternatif de deux noms différens pour Dieu, Jéhovah et Élohim, tira de là la conclusion que notre livre de la Genèse était né de la fusion de deux Genèses antérieures et indépendantes. Il substituait ainsi l’exégèse historique, qui nous apprend comment les textes se sont formés et nous permet par là d’entrevoir de plus près comment se sont formées les idées elles-mêmes, à l’exégèse théologique et édifiante, qui n’est qu’une forme de la prédication et ne suffisait plus qu’à une foi sans curiosité et sans inquiétude intellectuelle.

Astruc était un croyant avec une intelligence de savant. Il y a loin d’Astruc à Voltaire et à la Bible enfin expliquée, et pourtant,