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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/463

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prise, du grand fait nouveau qui étend son ombre inquiétante sur la jeunesse de vingt ans : le service universel.

Nous voudrions que les voix les plus hautes, à la Sorbonne, à l’École normale, fissent entendre les paroles fécondes qui, se répandant à travers le corps enseignant jusqu’au plus humble maître d’école, porteraient partout cette conviction que l’obligation du service militaire, au lieu de se présenter comme un arrêt déplorable dans le développement commencé, doit devenir le complément salutaire et fécond de toute éducation.

En ce temps et en ce pays divisés, n’y a-t-il pas là, du moins, un vaste terrain où peuvent s’efforcer en commun, sans acception de confessions religieuses, d’écoles philosophiques, ni de partis politiques, tous ceux qui ont le même amour de la patrie, le même souci de ses destinées, la même lassitude des formules, le même sentiment des devoirs sociaux imposés par une culture privilégiée ?

Nous le croyons fermement. — Puissions-nous faire partager cette conviction aux lecteurs de cette modeste esquisse qui se ramène, en somme, à quelques traits :

Le service obligatoire, strictement appliqué en faisant passer toute la nation par les mains de l’officier, a grandi dans la mesure la plus large son rôle d’éducateur.

La préparation du corps d’officiers à ce rôle, sa formation morale, intéressent donc la société tout entière.

Ce corps, par son recrutement, sa culture, est parfaitement apte à remplir ce rôle.

Il ne le remplit qu’imparfaitement, parce que, s’il y est apte, il n’y est nullement préparé, et que l’idée de sa mission sociale ne tient presque aucune place, ni dans son éducation, ni dans l’exercice de sa profession.

C’est cette idée qu’il est urgent de répandre, et tout d’abord chez les guides naturels de la jeunesse, chez tous les éducateurs de profession, afin qu’en imprégnant fortement les générations à venir, ils amènent les jeunes officiers à participer, dans la large mesure qui leur revient, au mouvement général qui porte la jeunesse éclairée à mieux comprendre le rôle social réservé à son activité dans l’évolution de la société moderne.


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  1. Article anonyme dans la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1891.