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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/459

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dans la nouvelle, l’instruction de la troupe si rapidement menée, la tâche de l’officier forcé de suppléer des cadres insuffisans, se sont singulièrement compliquées et nous apportent un surcroît de peine, de fatigues et d’études qui ne nous porte pas à l’indulgence. Et puis, aux anciens, qu’on aille donc parler de ce rôle de l’officier plus grand en paix qu’en guerre : s’ils sont, voilà trente ans, entrés au service, c’était pour batailler ; le reste, c’est de la « littérature. » Il n’y a guère de ce côté que des coups de boutoir à recevoir, et, mon Dieu, nous nous en consolerons, car ceux qu’il importe de convaincre, ce sont ceux-là surtout dont le grade comporte le contact direct et journalier avec le soldat, les capitaines, les lieutenans : les jeunes officiers d’aujourd’hui et plus encore les jeunes officiers de demain.

C’est à ce point que nous en voulions venir : que c’est moins dans l’armée qu’il faut agir qu’au seuil de l’armée, dans les écoles militaires, dans les écoles préparatoires, dans les collèges, dans l’éducation.

De ce côté, tout reste à faire. Dans les écoles militaires notamment, le côté moral du rôle de l’officier ne tient aucune place. L’homme de troupe qu’on présente aux élèves est un automate ; on le place à droite, à gauche, on le fait marcher, on le fait arrêter, on l’habille, on l’arme, on le plante sur un cheval ; quant à son moral, s’il en est incidemment tenu compte, c’est à titre de facteur d’erreurs probables dans l’emploi des instrumens. Tout est au métier, au côté technique, à la science. C’est dans cet ordre d’idées que sont choisis généralement les officiers instructeurs : on consulte leurs numéros de sortie, leurs notes professionnelles, lorsqu’on ne se contente pas de leurs convenances personnelles ; quant à leur aptitude à développer, chez la jeunesse qui va leur être confiée, les plus nobles qualités du chef, c’est ce qu’on examine en dernier lieu : que néanmoins elle se rencontre souvent, c’est possible, certain même, mais assurément le fait du hasard.

Il est vrai que si, dès l’école, on donnait une trop haute idée de la mission de l’officier de troupe, peut-être la vogue actuelle de l’état-major en souffrirait-elle un peu. Eh ! mon Dieu ! quand, de vingt à trente ans, les meilleurs donneraient le meilleur d’eux-mêmes à la formation de leurs hommes au lieu de courir à travers des examens ininterrompus à la conquête du bouton de mandarin, y aurait-il si grand mal !

C’est là, dans l’ordre militaire, que doit se porter tout l’effort, et le plus sûr moyen qu’il puisse y en avoir, c’est que le choix du personnel des écoles s’inspire d’un esprit tout nouveau. Aux officiers qu’on y appelle, qu’il soit demandé, avant tout, d’être des convaincus et des persuasifs, osons dire le mot, des apôtres,