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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/457

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leur premier mois de service par un régime à rebours, il s’agit de les deviner, et, une fois élus, de les associer résolument, franchement, à l’œuvre du salut social par l’armée.

Il serait facile de détailler davantage le côté technique de cette double action sur les sous-officiers d’abord, et, par eux et avec eux, sur les hommes de troupe ; mais ce développement, d’un caractère professionnel, sortirait de notre cadre : il doit suffire d’avoir signalé la voie.

Indiquons seulement les conséquences qui, à notre sens, résulteraient de l’action de l’officier ainsi comprise et exercée.

Chez le soldat : au point de vue social, pacification des esprits soumis à ce régime, rendus plus réfractaires aux excitations de la haine de classes. Aujourd’hui déjà, revenus au pays, les soldats, dont l’officier a gagné la confiance et l’estime, restent volontiers en relations avec lui, nous en avons le témoignage, et ne manquent jamais de protester en ce qui le concerne contre les accusations dont les orateurs de cabaret accablent la corporation tout entière et avec elle le bourgeois, le patron, parmi lesquels elle est censée se recruter. Que ces exceptions se généralisent, qu’elles deviennent la règle, que le soldat, c’est-à-dire le peuple tout entier, ne rapporte du temps de son service que le souvenir d’une autorité bienfaisante, juste et respectable, et les accusations de ce genre seront sans crédit, les publications hostiles sans portée.

Au point de vue militaire, il nous semble ressortir suffisamment de ce qui précède que cette prise morale de la troupe est devenue une nécessité moderne. De la brièveté du temps de service et de l’espacement croissant des guerres, il résulte que, lors de la prochaine lutte, tout soldat verra le feu pour la première fois. Et quel feu ! — Le feu le plus meurtrier lancé d’une distance inconnue par une main invisible, — la guerre la plus terrible sans aguerrissement préparatoire. — Ah ! devant une telle violence faite à tous les instincts naturels, l’instruction professionnelle, la discipline matérielle, les moyens répressifs feront triste figure si l’officier n’a pas d’autre secret au service de son autorité et si son regard, sa parole, son cœur n’ont pas su, dès le premier jour de leur rencontre, trouver le chemin de ces yeux, de ces oreilles, de ces cœurs d’enfans soumis brusquement à l’horreur d’une telle épreuve.

Chez l’officier, c’est, dès la paix, qui est en somme devenue l’état normal, l’introduction dans sa vie d’un élément du plus haut, du plus passionnant intérêt. Convenons-en ; l’officier ne se bat plus, pas plus souvent du moins que tout autre citoyen, une ou deux fois dans sa carrière, et c’est tout. Si donc l’on s’en tient à la vieille notion (et nous en sommes encore imbus) de l’état militaire