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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/242

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238 REVDE DES DEUX MONDES.

LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE.

Le 13 courant, le 3 pour 100 français était à 95.75, l’emprunt à 94 francs, l’amortissable à 96, le 4 1/2 à 105.10. Pendant les deux semaines qui ont suivi, les cours de nos fonds publics n’ont plus subi que d’insignifiantes variations, pour se retrouver finalement au même niveau, lorsqu’un incident, démesurément grossi par une partie de la presse, est venu offrir à la spéculation une occasion, vivement désirée, de rendre un peu de mouvement au marché. Les prix des rentes étaient à une telle hauteur, avec un emprunt encore non classé, et de forts engagemens à la hausse, qu’il n’était plus possible de songer à une nouvelle progression, malgré les achats réguliers et assez actifs des capitaux de placement. Les primes se négociaient à des écarts de plus en plus faibles, et les boursiers expérimentés avaient le sentiment que, puisqu’on ne pouvait plus monter, les spéculateurs, vendeurs de primes, saisiraient le premier prétexte venu pour en déterminer l’abandon par un brusque mouvement de recul.

Le prétexte s’est trouvé dans l’affaire de la participation de nos artistes à une exposition des beaux-arts à Berlin. C’était le moment attendu par les ccheUiers impatientés de l’immobilité des cours. Des ventes bruyantes ont fait reculer le 3 pour 100, dans la journée du jeudi 26, de 95.70 à 95.20, l’emprunt a perdu 50 centimes de 94.05 à 93.55, et tout le reste de la cote a suivi l’exemple. Le lendemain déjà la réflexion avait repris ses droits. De quelques froissemens que puisse être suivi l’incident, et quelque contrariété que puissent éprouver les Allemands de n’avoir pas vu leurs avances accueillies comme ils l’espéraient, la question du maintien de la paix reste heureusement hors du débat.

Or celle-là seule intéresse la Bourse. Si donc la politique était seule en jeu, la rente, après avoir repris son ancien niveau, l’aurait même dépassé, à la faveur des rachats du découvert. Mais il y a la situation de place qui a été la vraie cause du recul, et sera le réel obstacle à une avance nouvelle des cours. Les engagemens à la hausse sont considérables, le marché de Londres n’en a pas encore fini avec les embarras légués par la crise de novembre, Berlin est très chargé de valeurs de toute sorte; rien d’étonnant si la Bourse garde quelque tendance à la faiblesse.