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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/240

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questions de système douanier, de régime commercial, qui sen blent appelées plus que jamais à décider des relations des peuples et de la direction de leur politique. Qu’est-ce qui a fait, il y a trois mois, l’importance des élections si imprévues des États-Unis ? C’est qu’elles étaient faites au lendemain du jour où congrès, président, venaient d’entrer, par le bill Mac-Kinley, dans la voie du protectionnisme à outrance, et qu’elles éclataient comme une protestation du peuple américain contre la politique de prohibition effrénée, de guerre commerciale. C’est le conflit qui reste ouvert sur la politique douanière des Etats-Unis. Et voici que maintenant, tout à côté, dans le Dominion canadien, la même question s’élève sous une forme particulière, par une sorte de contre-coup du bill Mac-Kinley, à l’occasion des élections qui vont se faire dans peu de jours à Ottawa, à Québec, à Montréal, La question a même plus d’importance. Il ne s’agit point uniquement ici de savoir quels seront les rapports commerciaux du Canada avec les États-Unis ; il s’agit de savoir quels rapports la belle colonie canadienne gardera avec l’empire britannique, si elle restera libre et prospère sous la suzeraineté nominale de l’Angleterre, ou si elle ira se perdre par l’annexion dans l’Union américaine.

Cette crise, puisque c’est évidemment une crise pour le brave el intéressant Canada qui a gardé tant de sympathies françaises, devait peut-être venir un jour ou l’autre. Elle a été récemment précipitée par le premier ministre du Dominion lui-même, sir John Macdonald, qui a cru sans doute utile de chercher dans un appel au pays une force nouvelle pour faire face aux difficultés du moment. Ce premier ministre, sir John Macdonald, qui a puisé peut-être à l’école de lord Beaconsfield le goût des coups de théâtre, n’est point certes un homme ordinaire. Chef du torysme canadien, du parti anglais, il gouverne victorieusement le Canada depuis douze ans, et dans son gouvernement, déjà long, il a déployé autant de hardiesse que d’habileté ! Il a multiplié les travaux intérieurs et les entreprises fécondes. Plus que tout autre notamment, il a décidé et hâté la construction du chemin de fer interocéanique qui relie Halifax, Montréal à l’Océan-Pacifique. Le premier ministre d’Ottawa a eu comme d’autres l’ambition des grandes œuvres ; il l’a eue peut-être même un peu trop pour les ressources du pays. Sir John Macdonald n’a pas gouverné douze ans sans multiplier les griefs contre lui, sans soulever une opposition des plus vives, ardente à profiter de ses faiblesses, à signaler les dangers de sa politique. Cette opposition libérale, représentée par des hommes comme sir Richard Cartvvright, M. Laurier, M. Mackensie, M. Farrer, combattait déjà vivement le premier ministre lorsqu’est survenu le bill Mac-Kinley, qui menaçait encore plus le Canada, mais qui contient la réserve d’un droit éventuel et exceptionnel de réciprocité avec l’état canadien. C’est sur ce point