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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/954

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et des garantie » libérales en restant dans la constitution, en s’inspirant des sentimens du pays aux élections dernières ? M. Piou et ceux qui marchent avec lui ne peuvent assurément s’y méprendre ; ils savent bien qu’ils sont exposés à essuyer le feu des deux camps opposés. M. le comte d’Haussonville, avec une éloquence élégante et polie, avec la chaleur des belles convictions, faisait récemment à Nîmes le procès de ce qu’on appelle aujourd’hui la droite constitutionnelle. Les radicaux, à leur tour, n’ont pas assez de sarcasmes pour cette opposition nouvelle. Il n’y a qu’un malheur. Qu’ont donc fait depuis quelques années les royalistes irréconciliables pour la cause monarchique, pour la cause conservatrice ? Ils ont eu des mécomptes et ils ont commis des fautes qui ne justifient peut-être pas leur sévérité à l’égard des autres. Qu’ont fait de leur côté les radicaux avec leur politique et leur arrogance pour la république ? Ils l’ont conduite à un point où elle a failli être emportée dans une aventure déshonorante. M. Piou et ses amis s’inspirent d’un sentiment plus juste, plus modeste et surtout moins bruyant de la réalité des choses. Ils ne se hâtent pas ; ils ne promettent que leur bonne volonté, et pour une entreprise qui commence, ils auront déjà assez fait s’ils réussissent à montrer au pays qu’il y a toujours des hommes prêts à porter le drapeau de la paix morale et des idées libérales pour l’honneur et le crédit de la France.

Bien que l’apparence des choses reste la même en Europe et qu’à première vue les rapports internationaux, les alliances, les intérêts, les antagonismes soient aujourd’hui ce qu’ils étaient hier, on ne peut pas dire que rien n’est changé, que rien ne change dans les affaires du monde. Il suffit au contraire d’un peu de clairvoyance et de réflexion pour s’apercevoir que tout change et se transforme avec les circonstances. Il est certain que des questions nouvelles se produisent, que de vieilles combinaisons perdent de leurs forces, que les situations se déplacent, que les relations se modifient, et comme les choses, les hommes se succèdent sur la scène publique.

Sans doute, dans les grandes affaires de l’Orient et de l’Occident de l’Europe, les cabinets gardent leurs points de vue, leur direction, parce qu’ils ont des intérêts permanens, une politique de tradition. Est-ce qu’il y a quelques années cependant, est-ce qu’il y a peu de temps encore on paraissait si bien s’entendre entre l’Autriche et la Russie ? Aujourd’hui le prince héritier de la couronne d’Autriche, l’archiduc François Ferdinand, va à Saint-Pétersbourg, où il trouve une brillante hospitalité. On lui donne des fêtes de cour, le cordon de Saint-André, un régiment de dragons. Bref, il est accueilli en prince bienvenu, et si ce n’est pas le signe d’un bien intime rapprochement politique entre l’Autriche et la Russie, c’est du moins la preuve qu’on n’en est plus, comme il y a quelques années, aux concentrations militaires sur la frontière de Galicie. — Sans doute, l’empire d’Allemagne sous