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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/948

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Je ne sais pas où M. Proal, et après lui M. Desjardins, ont trouvé cette admiration et l’expression de ces vœux de ma part, à propos des mendians et des vagabonds. Je cite la page 264 (1re édition de la Criminologie, qui est identique à la page 286 de la 2e édition française).

« Il n’y a pas de doute que l’oisiveté et le vagabondage ne doivent être considérés comme des délits sociaux, puisqu’ils font présumer tous les autres ; et il est certain aussi que l’habitude de l’oisiveté est une de celles dont on ne peut facilement triompher. Dans l’acception rigoureuse de la logique, les lois sanguinaires de l’Angleterre au XVIe siècle seraient donc justifiées. Et malgré cela, nos sentimens les plus intimes protestent contre l’homicide légal de celui qui n’est convaincu que de vagabondage. Ces malheureux pendus par Henri VIII et Elisabeth, s’ils avaient eu plus de chance, n’auraient pas été insusceptibles d’adaptation. Cela a été prouvé par leurs successeurs du XVIe siècle qui, sous des rois plus humains, furent déportés en Amérique, et par ceux du XIXe siècle qui ont créé l’Australie. Pendant que la théorie de l’intimidation ne faisait que détruire, la théorie de l’adaptation donnait naissance à des colonies utiles qui devinrent bientôt riches et puissantes. »

Et plus loin, page 272 : « L’émigration forcée des vagabonds anglais aux colonies n’a pas été pour rien dans l’épuration de cette race qui a aujourd’hui, du moins dans la haute criminalité, des chiffres infiniment plus petits que ceux de l’Europe centrale et méridionale. Si les supplices d’Henri VIII et d’Elisabeth ont réalisé une sélection, la déportation du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle n’a pas interrompu cette œuvre. C’est qu’il s’agit de distinguer les criminels typiques, insusceptibles de toute adaptation, de ceux pour lesquels une adaptation nouvelle est possible, de sorte que, pour ceux-ci, une élimination partielle réalise de même la sélection, par rapport au milieu d’où ils ont été arrachés. »

Je pense que c’est plus que suffisant pour prouver : 1° que, tout en constatant l’effet de l’extermination des déclassés et des vagabonds sous Henri VIII et Elisabeth, je l’ai vivement blâmée, en lui opposant d’autres moyens d’épuration qui ont eu le même succès final sans remplir l’Angleterre d’échafauds ; 2° que je n’ai pas fait de vœux pour une reprise de pendaisons, mais pour qu’il n’y ait pas de relâche dans la lutte de l’état contre la criminalité, avec les moyens conseillés par l’expérience et par l’humanité.

Cela regarde, — bien entendu, — les mendians et les vagabonds ; quant aux assassins, je n’ai pas à justifier mon opinion, favorable à la peine de mort.

R. GAROFALO.