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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/943

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pour dégager leur chef, que deux balles jetaient bas : l’une lui brisait l’épaule, l’autre lui traversait le cœur. A ses côtés tombaient son fils Black-Bird et ses meilleurs soldats.

La mort de Sitting-Bull mit fin au combat. Pendant qu’une poignée d’Indiens se faisaient tuer pour disputer aux Américains le corps du chef, les autres, bien montés, s’enfonçaient dans l’ouest sous la conduite de Big-Foot, chef d’une des tribus, sans que l’on tentât de les poursuivre. Ce ne fut que le lendemain qu’on lança derrière eux de la cavalerie, mais ordre était déjà transmis par le télégraphe aux détachemens échelonnés de barrer le passage aux Indiens et de les refouler sur les Réserves. Le général Miles avait habilement pris ses mesures et il était en droit d’espérer que ce court et sanglant combat terminerait les hostilités.

L’exode des Sioux allait donc se heurter à des forces imposantes, commandées par le général Forsyth, qui, du nord et du sud, convergeaient pour les envelopper. Les Sioux ne pouvaient les gagner de vitesse, leur marche étant ralentie par cinquante et un wagons qu’ils emmenaient avec eux, par les femmes et les enfans qui les accompagnaient. Les scouts, lancés en éclaireurs, n’eurent pas de peine à suivre leur trace, et, le 21 décembre, arrivés à Cherry-Creek, les Indiens trouvèrent en face d’eux une division d’infanterie soutenue par une batterie de mitrailleuses et le 8e régiment de cavalerie déployé sur leurs flancs. Le passage était impossible ; ils capitulèrent sans rien stipuler d’autre que des rations de vivres.

Ordre fut donné de procéder au désarmement. Entourés par les troupes, dominés par le feu plongeant de l’artillerie mise en ligne sur les hauteurs, les Sioux s’assirent en cercle, déposant leurs carabines devant eux. Mais quand, les rangs des soldats s’ouvrant, ils virent de nouveau apparaître les scouts, chargés de recevoir leurs armes, un murmure prolongé se fit entendre. Leur haine contre ceux qu’ils considéraient comme traîtres à leur race et assassins de leur chef se réveillait. Dans un irrésistible élan de colère, ils reprirent leurs fusils. Les premiers scouts furent tués, ceux qui suivaient se jetèrent à plat ventre pour permettre aux troupes de tirer par-dessus eux. Tout coup portait dans cette masse profonde d’hommes, de femmes et d’enfans, mais telle était l’exaspération des Sioux qu’ils se ruaient sur les soldats, cherchant à se frayer une issue. Sous leur effort la ligne pliait ; le général Forsyth donna l’ordre aux mitrailleuses d’ouvrir leur feu. Pendant plus d’une heure, les Indiens luttèrent en désespérés dans ce cercle de feu. Ils se firent tuer jusqu’au dernier, hommes et femmes, six enfans survécurent à ce combat, qui ne coûta que 75 hommes aux troupes régulières, mais qui anéantit l’élite des Sioux.