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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/933

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Le territoire indien dans lequel on l’internait, ainsi que 2,829 Sioux faits prisonniers, est, depuis 1889, diminué de moitié. Il ne forme plus un tout compact, mais quatre réserves distinctes : Standing-Rock et Cheyenne-River au nord, Pine-Ridge et Rosebud au sud. Entre elles et autour d’elles, les colons ont défriché le sol et créé des fermes. En échange des terrains pris aux Sioux, le gouvernement s’engageait à leur payer 70 millions de francs et à leur allouer des rations régulières. Il avait compté sans les exactions des agens indiens.

Nous ne voudrions pas être injuste envers un grand pays qui, en maintes circonstances, s’est inspiré des idées d’humanité, qui a beaucoup fait pour prévenir les conflits entre les Indiens et les blancs, pour civiliser les premiers et contenir les seconds. Il personnifie, en Amérique, la colonisation dans sa période ascendante et dans sa phase militante, dans sa lutte avec la nature et avec les obstacles. Comment concilier les devoirs que ce rôle lui impose et ceux que lui crée sa position vis-à-vis des Indiens ? Il s’est approprié leur sol, et, entre les mains de la race blanche, ce sol fructifie et ses produits viennent grossir, pour une part importante, l’actif de l’humanité. Qui pourrait prétendre qu’une restitution, même partielle, même infinitésimale, d’une terre défrichée, labourée, ensemencée, soit désormais possible aux mains de l’Indien ; que la ferme doive disparaître, le colon émigrer, les bâtimens crouler, les landes et la forêt recouvrir les champs conquis ? Et, d’autre part, l’Indien a des droits que l’on ne saurait méconnaître et qui ont trouvé aux États-Unis, dans tous les partis et dans tous les rangs, des avocats éloquens et convaincus. En théorie, le système des réserves a pu paraître humain et de nature à donner satisfaction au colon et à l’Indien ; en pratique, il est injuste, il n’est possible qu’avec le libre assentiment de ce dernier, et cet assentiment qu’il refuse suppose un degré de civilisation qu’il n’a pas. Il est inique avec l’organisation actuelle, avec le recrutement parmi les politiciens d’agens cupides, impatiens de s’enrichir dans le court délai d’une administration présidentielle.

Nous avons noté plus haut ce que disaient, il y a quinze ans, les rapports des inspecteurs. Que disent, aujourd’hui encore, les comités d’enquête, les journaux les plus autorisés, les hommes les plus compétens ? A quelle cause attribuent-ils le soulèvement actuel ? Sur un point, ils sont tous d’accord, et l’unanimité de leur témoignage le rend écrasant. Le général Miles dit en termes identiques ce que le révérend père Stéphan, directeur des missions catholiques indiennes, écrit de son côté, ce que reconnaît le major-général Schofield, ce que les Sioux déclarent dans leur lettre au