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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/917

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frontières n’ont jamais été qu’un moyen de conquérir et de conserver le pouvoir. Née d’hier, tout lui commande d’employer ses efforts, toutes ses ressources, à se constituer solidement en encourageant son industrie, en protégeant son commerce, en n’omettant rien pour largement ouvrir à l’activité nationale les sources de la prospérité publique. Elle a, dans les lettres, dans les arts, dans la politique, un passé glorieux. Grande puissance désormais, pourquoi ne vivrait-elle pas de sa propre vie, au lieu d’aliéner une part quelconque de sa liberté dans des conditions d’une réciprocité inégale, quoi qu’en ait dit M. Crispi ; pourquoi n’entretiendrait-elle pas, avec tous les états de l’Europe indistinctement, des rapports d’une entière cordialité ? Si incorrecte qu’ait été la conduite du ministre déchu, la France n’en garde aucun ressentiment. Fidèle à sa vieille amitié, obéissant d’ailleurs à ses intérêts, elle ne refusera certainement pas de renouer des négociations et d’arriver à des arrangemens qui permettraient aux deux pays de reprendre leurs échanges si inopportunément entravés pour l’un comme pour l’autre ; soucieuse de son indépendance et de sa liberté, respectueuse de celles d’autrui, elle n’ambitionne pas d’autres accords. S’il est une Italie qu’on a trop entendue, comme on l’a dit, il en est une autre qu’on n’a pas entendue assez et qui a conservé à la France toutes ses sympathies. Quiconque a traversé les Alpes a eu l’occasion de s’en convaincre. La crise, au surplus, est arrivée à sa fin ; elle a été dénouée par la force même des choses. Il appartient aux nouveaux conseillers du roi Humbert de redresser la situation compromise par leurs prédécesseurs, de remettre, si nous pouvons nous exprimer ainsi, la pyramide sur sa base. Combler le déficit, réduire les dépenses, équilibrer le budget, atténuer les impôts, faciliter à la production nationale l’accès de nouveaux marchés, celui de la France notamment, tel sera, sans doute, leur programme ; ils ne peuvent en concevoir un autre. La tâche peut être laborieuse, elle n’est pas difficile. Comme le pays, trop longtemps soumis à des épreuves imméritées, les chambres seconderont une politique à la fois réparatrice et féconde en heureux résultats. En s’en constituant les initiateurs, M. de Rudini et ses collègues justifieront, avec la confiance du souverain, l’attente de tous les amis de l’Italie.


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