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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/894

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ne lui ménageaient ni les remontrances ni les avertissemens. Survint la guerre de 1866, et les Italiens, atteints dans leur orgueil par la défaite de Custozza, durent, en outre, se résigner, après de vaines négociations, à recevoir la Vénétie des mains de la France, à laquelle l’Autriche en avait fait la cession avant l’ouverture des hostilités. Sous l’influence de ces divers incidens, l’Italie en vint à méconnaître ses plus précieux intérêts et ses véritables amis. Profitant de nos revers, elle s’empara de Rome, et dans la conviction qu’elle le devait aux victoires des armées allemandes, elle prit, en 1870, l’initiative de la ligne des neutres qui isola la France en Europe pendant toute la durée de la guerre. Elle avait ainsi secoué le poids de sa gratitude et déplacé ses sympathies. On vit alors des hommes politiques qui ne connaissaient que la route de Paris prendre celle de Berlin.

On ne tarda pas à concevoir d’autres projets. Parvenue au rang de grande puissance, l’Italie, pensait-on, devait en assumer les charges, en avoir toutes les ambitions. Pour s’acquitter de ses nouveaux devoirs, elle était tenue d’asseoir sa puissance militaire sur de plus larges bases, de posséder un puissant armement maritime lui permettant d’occuper dans la Méditerranée la position et d’y exercer l’influence qui lui revenaient. Elle devait porter ses efforts en dehors, protéger son commerce et sa navigation, leur assurer de nouveaux débouchés, fonder des colonies. Venise, Gênes, Pise, Florence, avaient, tour à tour, possédé le monopole du trafic avec les échelles du Levant ; elles y avaient établi des comptoirs, elles y avaient exercé la souveraineté. Ce passé glorieux, évoqué à juste titre, ouvrait aux esprits des horizons inattendus. On voulut faire grand comme tous les peuples sortant d’un long sommeil, produit d’une longue servitude.

Tels étaient les vœux de l’opinion publique et les dispositions du gouvernement italien quand se réunit le congrès de Berlin. M. de Bismarck, en l’ouvrant, n’y apportait pas seulement l’intention bien arrêtée de remanier le traité de San-Stefano, et de doter de deux provinces l’Autriche, son alliée nécessaire ; il voulait aussi conquérir l’Italie et la séparer irrémissiblement de la France en lui offrant la Tunisie. M. de Bulow, ministre des affaires étrangères en ce moment, fut chargé de pressentir le comte Corti, le premier plénipotentiaire italien. Cette tentative n’eut pas le succès qu’on en espérait. Après avoir pris les instructions de son gouvernement, le représentant du cabinet de Rome déclina l’ouverture. « Vous avez donc un grand intérêt à nous brouiller avec la France, » dit-il à l’organe du chancelier en mettant fin à l’entretien. Cairoli, le sagace et indomptable patriote, était alors président du conseil. Il