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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/881

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comme un indice des dispositions qu’on prêtait à M. de Bismarck, qui aimait, croyait-on, à créer en Orient des difficultés à son collègue de Saint-Pétersbourg. Le gouvernement turc fit de vains efforts pour rétablir l’ordre dans ses provinces insurgées. Ses troupes n’y parvenant pas, il eut recours à une répression impitoyable qui souleva l’indignation du sentiment public et des cabinets en Europe. Les puissances s’émurent. Il s’ensuivit de longues et laborieuses négociations qui mirent en présence la Russie et l’Angleterre, l’une obéissant à des traditions séculaires qui lui commandaient de défendre ses coreligionnaires, l’autre s’inquiétant des dangers qui menaçaient, de nouveau, l’intégrité de l’empire ottoman.

Pendant qu’elles prenaient ainsi position devant ces complications nouvelles, la Prusse s’effaçait. En décembre 1876, on réunit une conférence à Constantinople. Elle échoua par le refus de la Porte d’agréer la participation des puissances à l’exécution des mesures destinées à assurer de solides garanties aux chrétiens. On signa à Londres, en mars 1877, un protocole qui resta lettre morte ; le gouvernement turc, n’ayant pas été convié à y participer, en déclina les dispositions. Le mal cependant s’aggravait : le Monténégro et la Serbie étaient intervenus dans la lutte en s’alliant aux populations révoltées. Devant cette situation, la Russie prit les armes. Au mois d’avril, ses troupes envahirent l’empire ottoman. Nous n’avons pas à raconter la lutte des deux empires ; nous rappellerons seulement qu’elle se termina par le traité signé à San-Stefano, en présence de la flotte anglaise accourue devant Constantinople et mouillée dans la mer de Marmara. La Prusse fut plus réservée ; elle ne se livra à aucune manifestation. M. de Bismarck savait que la Grande-Bretagne avait en Orient des intérêts qui se confondaient avec ceux de la Turquie ; il lui laissait volontiers l’initiative des premiers avertissemens qu’il croyait opportun de faire entendre à la Russie. Il savait surtout que rien ne pouvait s’accomplir définitivement, ni dans l’empire ottoman ni ailleurs, sans le concours ou l’adhésion de la puissante Allemagne, notamment si elle s’unissait à l’Angleterre. Dans cette double conviction, il ne mit obstacle ni à la guerre, ni à la paix. De tous les premiers ministres, il fut celui qui s’imposa la réserve la plus absolue. Sollicitée par la Porte, au plus fort de la lutte, ainsi que les autres puissances, d’interposer sa médiation, la Prusse se hâta de décliner les instances du sultan. Seule, l’Angleterre tenta d’offrir ses bons offices aux belligérans, marquant chaque jour davantage sa sollicitude pour la Turquie et assumant de la sorte le rôle que le chancelier allemand lui avait assigné dans ses calculs.