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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/875

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en 1866, l’arbitre de la paix et de la guerre. Il voulut la paix ; nous devons ce témoignage à la mémoire de ce souverain. Il s’y employa avec une entière loyauté à l’origine des négociations provoquées par la candidature du prince de Hohenzollern au trône d’Espagne. La correspondance de notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg, le général Fleury, ne laisse aucun doute à cet égard. Nous devons avouer toutefois que le tsar, abusé par les habiletés du roi son oncle, égaré par les conseils du prince Gortchakof, ne persévéra pas dans ce sentiment. « La Russie ne saurait éprouver aucune alarme de la puissance de la Prusse, » avait dit le chancelier russe au représentant de l’Angleterre avant l’ouverture des hostilités. Ce fut son programme pendant toute la durée de la guerre, et il le fit agréer par son souverain. La guerre éclata donc, et la Prusse put l’entreprendre et la poursuivre en pleine possession des sympathies de la Russie. Soit avant, soit pendant l’investissement de Paris, le prince Gortchakof pouvait provoquer un congrès. Il y fut convié timidement par l’Angleterre, plus fermement par l’Autriche qui lui suggéraient de convertir la ligue des neutres en ligue des médiateurs. Il déclina ces ouvertures. Par une contradiction familière à l’esprit humain, il eut cependant le pressentiment des mécomptes auxquels sa politique exposait les intérêts de son maître. Il voulut prendre des gages. Dans une convention annexée au traité conclu à Paris en 1856, la Russie et la Porte s’étaient engagées, sous le contrôle des autres puissances, à n’entretenir dans la Mer-Noire qu’un nombre limité de bâtimens de guerre. Après les premiers revers des armées françaises, le chancelier russe déclara, sans entente préalable, au mépris du droit public, la Russie affranchie de cette obligation et libre de reconstituer, dans ces eaux, ses forces maritimes.

La Prusse appuya et défendit la détermination du prince Gortchakof. Ses armées combattaient du Rhin à la Loire. On était au moment où l’abstention sympathique de la Russie lui était le plus nécessaire. M. de Bismarck l’aurait payée de concessions d’une bien autre importance. S’il avait été doué de plus d’audace et de plus de prévoyance, le successeur du comte Nesselrode aurait exigé d’autres compensations et d’autres garanties. Il eût été secondé par tous les cabinets, et de concert avec eux, il aurait, sans violences, sans ébranler l’autorité des traités, relevé la Russie de toute limitation mise à sa puissance en Orient, et obtenu de plus précieux avantages en contraignant la Prusse à signer une paix acceptable pour la France, compatible avec l’indépendance de l’Autriche, et sans danger pour la légitime influence de sa cour en