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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/864

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armées allemandes, considéré comme une exigence malhabile, et pleine de périls pour l’avenir, la double mutilation qui fut, à la conclusion de la paix, infligée à la France. Strasbourg est la porte de notre maison, aurait-il dit, et nous sommes tenus de revendiquer l’Alsace, qui est une terre allemande. Mais si son opinion eût prévalu, la France aurait conservé la Lorraine. Vainqueur de l’état-major à Nikolsbourg, M. de Bismarck aurait été, à son tour, vaincu à Versailles. Vingt années se sont écoulées depuis lors, et l’événement n’a pas encore démontré qu’il n’ait pas été, dans l’une comme dans l’autre occasion, le plus sage et le plus avisé des conseillers du roi Guillaume.

On peut donc admettre qu’en négociant la paix à Nikolsbourg, M. de Bismarck a pressenti qu’il serait un jour possible, qu’il serait même opportun de renouer des rapports intimes avec l’Autriche en reconstituant la solidarité des temps antérieurs, et il est permis de croire que, dans cette prévision, il a sagement mis des limites à l’ambition de son maître. Il est arrivé, en effet, que l’Allemagne, sous l’empire de complications nouvelles, a jugé nécessaire de renverser l’orientation de sa politique et de chercher à Vienne le concours, les sympathies, et pour tout dire, le point d’appui qu’elle avait toujours trouvé à Saint-Pétersbourg. Pour bien apprécier cette grave évolution, pour en déterminer les causes et le caractère, il importe de remonter à l’origine des événemens qui ont fait la grandeur de la Prusse, à la genèse de l’œuvre entreprise par le roi et par son premier ministre.


I

La guerre de Crimée n’eut pas seulement pour résultat de désarmer la Russie en Orient ; elle en eut un autre bien plus durable, celui de rompre l’union des trois cours du Nord, la sainte alliance. En débutant à Francfort, M. de Bismarck dut se convaincre que la Prusse était isolée en Europe, et qu’en Allemagne elle devait se résigner à subir l’humiliante domination de l’Autriche qui « seule, au dire de son premier ministre, le comte Buol, devait avoir, dans la confédération, une politique indépendante. » Le patriotisme de M. de Bismarck se révolta. Inquiet et vigilant, il observait attentivement, du poste où il était placé, l’attitude des puissances. Il signala les bruits d’un rapprochement, d’un accord entre l’empereur Alexandre et l’empereur Napoléon, d’une entrevue qui devait réunir prochainement ces deux souverains à Stuttgart. Il conjura