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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/863

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choses qui a ses périls ; périls qu’on aperçoit aisément si on veut être sincère. C’est, en effet, la paix armée que les trois puissances ont organisée, et la paix sous les armes est-elle durable ? Les traités qui ont été signés à Vienne et à Berlin ne seraient-ils pas plutôt un présage de guerre ; préserveront-ils le continent de nouvelles calamités ? C’est particulièrement à ce point de vue que nous nous proposons de les envisager.

Tout le démontre : M. de Bismarck a été l’initiateur de ces stipulations conventionnelles. Elles ont été conçues et libellées à l’avantage de l’empire germanique, qui en est le principal bénéficiaire. On conçoit aisément que le chancelier allemand ait eu, le premier, la pensée de cette entente, et qu’il ait mis tous ses soins à la réaliser. Mais à quel moment et dans quelles circonstances son esprit si fécond s’est-il arrêté à ce projet ; comment a-t-il été conduit à l’offrir à l’Autriche ? On sait aujourd’hui que, durant le cours des négociations ouvertes à Nikolsbourg, en 1866, il survint un grave dissentiment entre le roi Guillaume et son premier ministre. Le souverain voulait imposer à l’Autriche des sacrifices que M. de Bismarck jugeait exagérés et impolitiques. Le ministre était-il dominé par la nécessité de s’accorder rapidement avec l’ennemi de la veille afin de pouvoir en toute liberté combattre celui du lendemain, en laissant le terrain libre de tout obstacle insurmontable à un accord ultérieur entre les deux cours de Berlin et de Vienne ? Ses adulateurs lui ont attribué tous ces calculs, toutes ces prévisions dont un avenir prochain devait mettre la sagesse en pleine lumière. S’il faut les en croire, sa prévoyante sagacité sut déposer, dans le traité de paix, le germe des conventions qui assurent aujourd’hui à l’Allemagne le concours armé de l’Autriche. Aux hommes que la fortune a prédestinés aux grandes choses, on attribue aisément la vertu de prévoir les événemens et de s’y préparer de longue main. Le génie a certainement de ces vues lointaines et providentielles. Quoi qu’il en soit, il est constant que le futur fondateur de l’empire allemand maîtrisa, à Nikolsbourg, les convoitises du roi. Malgré les efforts de l’état-major, il détermina le souverain à abandonner sa prétention d’arracher à l’empereur François-Joseph une concession territoriale. Conclue dans ces conditions, la paix respectait l’intégrité de l’empire des Habsbourg, et ne laissait, après elle, aucune plaie incurable. L’avenir restait ouvert à une réconciliation, à des arrangemens que des intérêts communs et nouveaux pouvaient commander.

Des préoccupations du même ordre auraient assiégé à Versailles l’esprit de M. de Bismarck. Il y aurait eu les mêmes visions. Il aurait, a-t-il raconté lui-même, après les premiers succès des