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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/843

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parées de bijoux syriens ou byzantins, coiffées du majestueux propolôma, en forme de tour de ville, évasé comme le kakochnik russe, orné de perles, de pierreries et d’icônes, elles formaient à l’Augusta un splendide cortège. Cette cour de femmes était tout à fait séparée de celle du Basileus, et sans doute plus animée, plus vivante, plus remplie d’intrigues, gazouillante et papotante comme un harem musulman ou comme le couvent du Domino noir. Là, parmi les eunuques à mine truculente, aux longues robes de soie, aux sabres nus, circulaient, dans la liberté intime du gynécée, le voile relevé, toutes les beautés de l’Orient : les yeux de gazelle de l’Asie et les yeux bleus du Nord, les Grecques élégantes de Byzance, de l’Attique, des îles, les barbares ou demi-civilisées des pays francs, slaves, turcs, arméniens, arabes, que des généraux grecs avaient épousées au cours de leurs campagnes ou que des Augustœ exotiques avaient amenées à leur suite. Seuls, les princes de la famille impériale, les hommes « sans barbe, » le patriarche, de vieux prêtres, des mendians, des pèlerins, des moines, avaient accès dans cet intérieur.

C’était d’ailleurs le régime en vigueur dans toutes les maisons nobles, comme dans le palais même de l’empereur. Dans la rue, les femmes ne cheminaient qu’enfermées dans des litières. Si elles accompagnaient leurs maris à l’armée, c’était en des espèces de tentes ambulantes, portées à dos de mule ou de chameau, comme dans la Smala d’Horace Vernet. Dans les églises mêmes, c’était de galeries grillées, au premier étage, qu’elles entendaient la liturgie. Un fait qui montre le respect des Byzantins pour le principe de la séparation des sexes, c’est que les Basiliques de l’empereur Basile interdisent de mettre une femme en prison : accusée ou coupable, c’est dans un couvent, sous la garde de femmes, qu’elle doit attendre ou subir sa peine.

Mais derrière ces voiles, ces grilles, ces cloîtres (cancelli), que de mystères pouvaient se cacher ! Drames d’amour, crimes domestiques, rien ne transpirait au dehors. Le gynécée byzantin, comme le harem ottoman, le terem russe, la zenana hindoue, restait muet. Ces murs coquets étaient discrets. Et cependant, tout cet appareil de précautions et de réclusion n’en favorisait que mieux certaines intrigues. Sous les longs voiles des femmes, pouvaient s’introduire dans le palais non-seulement des messagères d’amour, mais aussi des amans, et aussi des conspirateurs et des assassins. Quand, sous des empereurs énergiques, le gynécée était sevré de toute participation aux affaires politiques et aux affaires religieuses, comment occuper ou tromper l’oisiveté du Mousikos ? « Ah ! trois fois heureux, s’écrie M. Schlumberger, qui pourrait retrouver le journal de l’existence de Théophano, Basilissa très auguste, avec