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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/840

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apportés les sénateurs, sont assis l’empereur ou les empereurs, s’il y en a le père et le fils. Le patriarche, averti par les silentiaires, sort de l’église palatine de Saint-Étienne. L’Augusta, avertie par le préposé aux cérémonies, sort de sa chambre à coucher. A part les empereurs, le patriarche (qui est parfois, lui aussi, un eunuque) et quelques dames de la cour, il n’y a là que les officiers « sans barbe » du palais : silentiaires, ostiaires, cubiculaires. Le patriarche prend alors la chlamyde de pourpre, étendue sur une table, la bénit et la remet à l’empereur. Les cubiculaires, avec une décente dextérité, habitués à tous les raffinemens de la pudeur officielle, ôtent à l’impératrice son vêtement, retendent comme un voile pour cacher ses épaules à tous les assistans ; l’empereur ou les empereurs revêtent l’Augusta de la chlamyde ; sur la chlamyde on passe les longs vêtemens d’étoffe d’or, le grand manteau multicolore brodé de perles et de rubis. Le patriarche bénit la couronne ; il bénit les prœpendulia, nœuds et chaînes de diamans et de pierreries qui en forment le double appendice. Les empereurs posent la couronne sur la tête de l’Augusta, y attachent les prœpendulia qui caressent ses joues de leurs ondulations scintillantes et font à sa beauté un cadre lumineux. Sur cette beauté, on jette un voile, le flammeum. L’impératrice s’assied entre son fiance et son beau-père. Alors seulement on introduit les grands qui viennent chanter les polychronia, puis leurs femmes par entrées successives. Chacune de ces personnes s’avance, précédée par les ostiaires armés de leurs verges d’or ornées de perles, soutenue à droite et à gauche par les silentiaires. Trois fois elle se prosterne, le visage contre terre ; elle embrasse les genoux de l’Augusta, puis les genoux des empereurs, comme pour les remercier de lui avoir donné une telle maîtresse.

Reste à faire au peuple, — c’est-à-dire au peuple officiel, aux factions, — la présentation de la nouvelle souveraine. Une des cours du palais aboutit à une double terrasse, au bas de laquelle se tient « le peuple. » L’impératrice traverse cette cour et s’arrête sur la terrasse supérieure, tandis que les eunuques et les grands descendent sur la terrasse inférieure. Elle reste seule, tout en haut, debout, dominant toute cette foule. C’est le moment solennel : rappelez-vous le coup de théâtre d’Esclarmonde. Isis va se révéler ; le flammeum va tomber ; Byzance va savoir quel visage resplendit sous le diadème à triple rang de perles et s’encadre entre les prœpendulia de diamans. Les acclamations, les polychronia, les cris de : Sainte ! Sainte ! Sainte ! éclatent dans un enthousiasme savamment réglé. C’est là ce qu’on appelait l’anacalyplerion, la révélation.

On procède ensuite aux cérémonies du mariage. Ici on retrouve les anciens et poétiques usages grecs. Des fleurs partout ; la